La pluie quasiment absente au rendez du jour, on prend notre temps et on trouve entre Ube et Shimonoseki un ensemble de petites routes le long de la mer, une vraie étape vélo qui nous amène au nord du détroit séparant Honshu de Kyūshū. On est surpris par le faible trafic en mer, Evelyne s'attendait au Bosphore où elle avait touché l'Asie il y a 47 ans.

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Arrivée à Shimonoseki, connu au Japon pour une bataille historique qui a opposé au 12ème siècle le clan des Heije à celui des Genji. L'enjeu : le pouvoir, ah ah ah ! Les Heije ont perdu, de honte les puissants samouraïs se sont jetés à l'eau (ils auraient pu aussi se faire seppuku). Ces samouraïs portaient des masques féroces, et les crabes qui les attendaient au fond de l'eau se sont régalés, jusqu'à présenter dans leur carapace un motif de visage de samouraï.

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La légende dit que les crabes Heikegani ne sont autres que la réincarnation de ces samouraïs. D'ailleurs, lorsqu'ils sont pris on les remet à l'eau, on ne va quand même pas se mettre à manger du samouraï au 2ème siècle !  À noter que lors de cette bataille, Antoku, le fils de 7 ans de l'empereur a lui aussi accompagné les samouraïs au fond de l'eau, pour éviter d'être pris par l'ennemi. Cette bataille a été finalement à l'origine de la première dictature militaire (shogunat), qui a perduré jusqu'à la fin de la période d'Edo.

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Aujourd'hui, un tunnel sous le Pacifique permet le passage d'une île à l'autre. Ascenseur de chaque côté, un couloir de 800 mètres, et le tour est joué, pas besoin de monter sur le pont de l'autoroute qui passe à près de 100 mètres au dessus du niveau de la mer. Evelyne ne se sent pas à l'aise, victime des images transmises par son livre de chevet 'les saisons de la nuit' de Colum McCann, qui explore les dessous des tunnels de la rivière Hudson. Gratuit pour les piétons, ils sont trois à la caisse pour nous demander notre participation pour les vélos, l'équivalent de 15 centimes d'euro par vélo. De façon générale, les Japonais ne lésinent pas sur l'emploi du personnel, le motif économique ne semble pas être le principal souci. Les petits boulots existent, ils sont respectés et exécutés avec sérieux. On rencontre par exemple régulièrement des gens chargés de faire la circulation, pour des chantiers, devant des parkings, à l'occasion du moindre événement, et ce n'est pas une seule personne, en général 3 ou 4, qui se prennent au jeu en se faisant de grands signes, arrêtent voitures et / ou passants, dans un respect total, discipline oblige.

Nuit à Ark Blue Hotel, un endroit sympa pour jeunes qui fait à la fois café et hôtel dortoirs ou chambres, ici tout le monde est jeune et parle anglais, l'accueil est chaleureux, les vélos dorment près de l'ascenseur. Même style qu'à Kure, où le jeune David nous avait expliqué le Kanmon tunnel pour piétons et vélos, sans lui on serait encore sur le pont à chercher notre route....