365 jours sans jour sans

11 juin 2019

Mardi 11 Juin - Prévessin-Moens : km 15,952

Home sweet home ! Sur la route d'Annecy sous une pluie battante, en direction de notre domicile de Prévessin-Moens, 3ème journée de pluie en une année. Evelyne rentre à la maison avec la voiture laissée en pension à Annecy, je prends mon vélo, il l'a mérité. Et tant pis pour la pluie, j'évite deux averses de grêle en me réfugiant dans une boulangerie, à Pringy puis Allonzier la Caille. Rencontre d'un Québécois fortement chargé en bagages - mais à assistance électrique - il retourne à Montréal demain, une façon de boucler la boucle. Je l'accompagne et on recommence ???

Malgré la pluie, je rembobine dans ma tête les 10 derniers jours passés depuis notre atterrissage à Paris, un sas de 10 jours pour nous ramener à la maison. Lentement mais sûrement. D'abord la bonne surprise entre Roissy et les portes de Paris, on craignait un paysage d'autoroutes et d'échangeurs, on se trouve vite dans la campagne française, petits villages, églises romanes, châteaux... La France est belle ! Puis l'entrée dans Paris par la porte de la Villette, les belles façades propres dans un alignement parfait, les voies de bus transformées en pistes cyclables, ça va devenir difficile de traverser la capitale en auto.

La première surprise, ce n'est pas Louison qui nous l'offre, elle n'a pas osé refaire le coup de la surprise du Cap Nord, elle nous a prévenus. Mais elle ne nous a pas parlé d'Estelle qui a profité du weekend Pentecôte pour monter à Paris avec les enfants, et nous surprendre dans la rue. Joies des retrouvailles.

La seconde surprise, c'est la rencontre avec nos hôtes warmshowers de Vancouver. Trevor et Charlaine reçoivent notre WhatsApp annonçant la fin de notre trip au moment où ils s'envolent de Vancouver pour Paris ! On se retrouve le dimanche pour un circuit à vélo dans la capitale, on les fait passer par le Marais et sa place des Vosges, les quais de la Seine, Concorde, Clichy, Montmartre et sa vigne son passe-muraille et le buste de Dalida, le canal St Martin, Bastille, quartier latin, rue de Grenelle et ses ministères et ambassades, pique nique devant les Invalides, Tour Eiffel, Trocadéro, Arc de Triomphe et retour à la case départ en passant par la place Dauphine... un circuit de 45 kms, un marathon dont ils se souviendront, pas facile avec leur Vélib. 

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Quelques visites, séances de cinéma et théâtre plus tard, on a recollé avec Paris. Le musée Guimet nous ramène à notre traversée de l'Asie, avec le buste de Jayavarman 7 qui nous a fait rêver au Cambodge. Le film "J'veux du soleil" nous remet dans l'ambiance gilets jaunes, le film "Lourdes" nous rappelle qu'on n'a pas le droit aux états d'âmes... on est prêt à rentrer. On passe à 2 doigts du premier raté de notre voyage, en se présentant à la Gare de Lyon pour prendre le TER qui part en fait de la Gare de Bercy, pour un accueil à Aix les Bains chez Gigi et Annick, là où on s'était quittés un an plus tôt. Une soirée où on ne répond pas à la question "quel pays vous avez préféré ?", mais on a une réponse à toutes les autres, on est même capable de suggérer les questions et donner les réponses.

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Dernier sas avant le grand retour, notre passage à Annecy. Un repas avec notre Titi et ses 93 ans, une 'familiade de retour' à l'Amnésie, un an après la 'familiade de départ', une coutume à renouveler à chaque événement familial. La nouvelle génération s'est étoffée avec Camille  et Baptiste, deux cousins qui viennent gonfler l'effectif, bienvenue les petits.

Et comme dans les belles histoires d'Astérix, c'est une soirée musicale qui vient conclure la journée, un moment fou à la buvette du marché avec les Marcel Mazout, un groupe savoyard incontournable pour parachever un tour du monde. On a de la chance, c'est à Annecy qu'ils sévissent, dans une débauche d'énergie incroyable. De la joie, du rythme, des sourires complices, un plaisir partagé avec un public acquis qui en redemande sans cesse, des tubes au rythme de nos vieux Rock and Roll où Raymond du Chinaillon rivalise avec la Mondeuse à Gaston. Une fin en apothéose, pour nous qui avons rarement dépassé la permission de 21h30, c'est la fêêêêête, quand elle s'achève on est déjà demain. On reviendra les voir le 23 novembre à l'auditorium de Seynod, pour une soirée unique devant 350 personnes - pourvu qu'il reste des places.

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Et encore une nuit chez ma sœur, et encore une nuit chez mon frère.... Cette fois on est prêt pour de vrai, je pense bien sûr en passant le Mont Sion à un hypothétique retour en arrière, ou un virage complètement à droite ou à gauche, je résiste.

Dernière descente, traversée de Genève, remontée vers chez nous, j'arrive trempé, le feu dans la cheminée met le point final à ce chouette voyage, une chaleur bienvenue, premier retour au quotidien. Home sweet home !

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Le soir, difficile d'imaginer de se faire la cuisine, on s'en va à la pizzeria avec notre colloc qui a gardé et entretenu la maison pendant une année. Impossible de remettre la main sur mes chaussures, je ne sais pas où elles se sont cachées avant notre départ. Tant pis, je vais continuer avec mes chaussures de vélo. Un signe ???

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31 mai 2019

Vendredi 31 Mai - Paris : km 15,780 - Synthèse du voyage par Estelle et Louison

Chère lectrice, cher lecteur,

Toi qui as suivi assidûment pendant 365 jours le voyage d'Evelyne et Coco.

Tu as vibré, frémi, ri, hésité, tremblé, et tu as trouvé ce voyage exceptionnel…

Tu vas sans doute bientôt les revoir, et tu as plein de questions à leur poser.

Voilà en avant première, quelques réponses aux questions que tous, nous nous posons.

 

 Le voyage c'est zéro fois être resté au lit le matin, en se disant "pfiou, aujourd'hui, pas envie…"…

C'est rouler en dévers face au vent, tout en alliant une soirée opéra et Beat Box pour s'offrir l'insolite.

C'est le Mont Fuji comme un mirage, une vision.

C'est aussi de l'incompréhension à voir l'autre ôter toutes les sacoches sans raison apparente, ou ne pas trouver la route indiquée par le GPS pour traverser la rivière dans les nombreux échangeurs de Tokyo.

C'est envisager faire la danseuse pendant 60 km après avoir rompu la vis de sa selle, ou accepter de pousser le lourd vélo en pente à 18%.

C'est voir ou entendre l'autre chuter et l'accueillir dans ses bras, le croire quand il·elle dit que tout va bien, se voir diminuer petit carré, et se sentir pomme aplatie au milieu d'autres pommes.

C'est de la tristesse en quittant la Nouvelle Calédonie, à ne pas parler anglais, à cacher les 1ers bobos aux accompagnateur·es, ou à appréhender une autre chute.

Le voyage, c'est 1 tee-shirt et un pisse-debout en trop, portés "pour rien".

C'est exquis à Séoul de manger japonais.

C'est le kif de dormir sous tente, ou de découvrir les bains publics dans un RYOCAN japonais.

C'est pas cool d'être obligé car il pleut de dormir dans un hôtel-motel absolument dégueulasse ou de dormir au Love Hotel.

C'est flippant d'être dans un hamac au Cambodge, de se faire réveiller à 22h par le policier et à 5h du matin par le maître du lieu.

Enfin, la tourista ça se gère… Il faut se vider complètement, même au camping, et rester digne en négociant un bout de terrain avec son voisin, ou en pleine conversation vidéo avec son enfant.

La vie à 2 c'est encore mieux. Le quotidien toujours transformé, jamais répété. 

Avoir réalisé le fantasme personnel d'appartenir au club des voyageurs, et d'avoir relooké ses cheveux en dread look.

Savoir éviter les disputes, ou savoir les clore rapidement par un Y'a rien là, et 13 fois se tendre la main.

Ne pas se laisser dépasser par la peur pour soi ou pour l'autre  plus que de raison, face aux motos d'Hanoï, aux voitures qui se doublent, à la chute toujours possible, ou à l'incident imprévisible qui mettrait fin au voyage.

Elle le voit homme parfait, louveteau pas fait, dans une extase presque quotidienne.

Lui la voit bonne infirmière, aime son tempérament qui ne lâche pas et ce sourire constant, malgré des à priori parfois difficiles à convaincre.

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Quant au tourisme,  le plus gros choc culturel se vit face au smartphone SONY pourri.  Mais aussi devant les cours de gymnastique au Japon qui font penser aux séances d'entrainement des Marines. "On dirait qu'ils préparent la guerre."

Il est bon de se baigner en randonnée palmée sur l'île d'Ouvéa, et de voir l'autre dans l'eau au milieu des raies, requin, coraux en Nouvelle Calédonie, ou dans la mer de Thaïlande.

C'est fâcheux d'avoir raté deux fois l'ours dans les Rocheuses, sentir être juste trop tôt, ou juste trop tard…

C'est désespérant de devoir monter une pente à 18% pour observer le Fuji. Les vélos sont lourds à pousser, c'est trop dur. Mais quelle vision !

C'est émouvant, d'échanger avec Maki Wéa, le frère de Djiboulé Wéa, qui a assassiné Jean-Marc Djibaou, tout comme d'entendre l'autre accompagnant Brother, le guitariste, le sourire jusqu'aux oreilles.

Pour finir, la rencontre la plus forte rencontre un ours en Alberta, l'unique occasion de dire à l'ours : "Non mais t'as vu l'ours ?"  et de faire une forte rencontre en Corée avec une poète, une chanteuse, et une personne qui fait du café, le contact est durable, aussi durable que le café.

 

Voilà cher lecteur, chère lectrice, tout ce que tu ne sais pas plus, tu pourras leur demander. 

Salut. Merci. Bisous. Salut.

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26 mai 2019

Dimanche 26 Mai - Auckland : km 15,735 THE END

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Une semaine de retour à la vie ordinaire, la vie de tous les jours. Séance de fitness au réveil, ballade dans la ville, découverte des derniers jardins, des journées saines et tranquilles. Pour moi, le changement, c’est le retour à mon vieux bonnet Transju. Pour Evelyne, c’est plus profond, ça fait un an qu’elle pédale avec un objectif en tête. Elle l’a annoncé au départ, elle reviendra avec des dreadlocks, et elle les a bien mérités. On trouve LE salon de coiffure qui correspond à son attente. Hair Brading Auckland est tenu par un couple venu du Ghana, c’est leur spécialité. 8 heures passées dans les mains de Sam et Mercy, Evelyne ne les oubliera jamais.

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Aujourd’hui 26 Mai... Je suis né un 26 Mai, on a commencé notre voyage un 26 Mai. Deux anniversaires qu’on passe avec Don et Sally, des rencontres exceptionnelles de Warmshowers, ils ont hébergé nos vélos pendant un mois et nous prennent en charge pour nos deux derniers jours. Eux aussi sont des voyageurs, ils ont eu leur lot d’aventures en France où ils ont été choyés quand Sally s’est retrouvée le genou grand ouvert suite à une mauvaise chute. Le voyage développe le sens de l’accueil.

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On évoque bien sûr notre escapade, c’est l’heure du bilan... 1 an de plus dans les jambes, 10 de moins dans la tête. En un seul mot, c'était géant. 

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365 jours sans jour sans un motif d'intérêt à quelque chose, la nature, une rencontre, les gens, leur histoire... 365 jours portés par notre projet comme sur un tapis volant... 365 jours passés à fond ensemble, ça marque une année ! A la fois couple et compagnons de route, potes d’aventure, toujours attentifs l’un à l’autre, comme si la souffrance ou la blessure de l’un devenait la souffrance ou la blessure de l’autre. Autant déterminés l’un que l’autre, seul un problème grave aurait pu nous freiner. Il y a eu des incidents - chutes, incidents mécaniques ou gastriques, coup de chaud, punaises, moustiques, sand flyers, ... - mais aucun de nature à réduire notre enthousiasme. Monter sur la bicyclette chaque matin était un moment joyeux, trouver des mots pour rédiger les émotions de la journée sur le blog le soir une récompense. Le vélo est un passeport qui ouvre les portes, il montre le monde sous un angle unique, avec des gens ouverts et accueillants, des richesses immatérielles. Et le monde nous a plu, avec ses beautés et sa complexité. On a aimé approcher l’histoire des personnes que l’on a croisées, même si parfois, il n’y avait pas de quoi en être fier. Colonialisme, violences, corruptions, inégalités font partie de notre histoire. Le comprendre et le reconnaître est un premier pas vers une prise de conscience et un changement de comportement.

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Je pense souvent à l’origine de notre projet, qui a tenu à un rien : une idée en l’air, étincelle d’un soir, mais quel pétard, qui nous a embrasés pendant toute une année. Quelle horreur d’imaginer qu’on soit passé à côté ! Un clin d’oeil à Brassens qui a chanté la poignée de main ´oubliée en chemin’.

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C’était donc possible, il suffisait d’y croire et s’accrocher à l'idée, aller au bout du challenge ! Comme tous ces jeunes que l’on a croisés, partis pour un an ou deux avec leur permis ´vacances - travail’. Ou ce jeune de 20 ans qui va s’en aller un jour planter de l’igname dans les jardins secrets des îles de Nouvelle Calédonie. Ou encore ceux qui opèrent un grand virage en abandonnant leur activité professionnelle pour reprendre des études dans un autre domaine, ou ceux qui lancent chaque mois un défi à leur statut d’intermittent du spectacle.

On a un vœu à formuler : que notre voyage déclenche à son tour l’idée d’autres projets à travers le monde, à bicyclette bien sûr, ou à pied, à la voile, en 4*4, à dos d’âne, en roulotte, ou pourquoi pas sur les mains. Place aux jeunes ! Avec notre parrainage pour donner le top départ.

Merci à Nounours, Julian, Sacha pour la transmission du virus, merci à JF et Gigi pour l’initiation à la rando vélo, et merci à la bonne santé et à nos anges gardiens qui nous ont bien protégés tout au long du chemin.

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19 mai 2019

Dimanche 19 Mai - Nouméa

On se rend enfin au centre culturel Tjibaou, une visite incontournable  qu'on a remise de jour en jour depuis notre arrivée en Nouvelle Calédonie. Ouf ! Notre dernier jour ! On a joué avec le feu, car on aurait pu tomber sur le jour de fermeture hebdomadaire. On n'en est pas loin, le centre est envahi par le salon du tourisme, des stands tenus par les grands hôtels,  agences de voyage, centres de plongée...  On serait capable de se mettre à côté des promoteurs pour présenter les activités, on se rend compte comme les 3 semaines passées ici nous ont marqués, on a envie de leur dire "Allez donc vers les tribus, passez du temps sur les îles, essayez de comprendre comment les gens vivent, leurs coutumes, et au passage, n'oubliez pas une petite plongée en pleine mer. Des sauts de puce vers Maré, Lifou, Ouvéa, les Pins, un p'tit tour à Houailou, Do Néva et les mines de nickel,  puis au parc de la rivière bleue. Et si vous avez encore du temps, montez vers le nord de l'île, à Hiengène le pays de Tjibaou, ou jusqu'au bout de l'île à Poum".

Le centre Tjibaou, c'est d'abord une architecture signée  Enzo Piano, l'architecte du centre Pompidou, un collectionneur de médailles d'or. Situé au fond d'une baie intérieure, il est composé de tours qui s'élèvent comme des cases dans la brousse. On passe de l'une à l'autre par un couloir utilisé ce week end par les exposants du salon du tourisme.

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Parmi les expositions...
-> L'histoire de la renaissance et reconnaissance du peuple kanak, largement inspirée de l'oeuvre de Jean Marie Tjibaou.
  • Les kanaks

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  • La coutume

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  • La parole

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  • L’adoption

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-> L'histoire de la vie de Jean Marie Tjibaou, ordonné prêtre avant de se lancer dans la vie politique et diriger les mouvements d'indépendance;

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-> Quelques expos artistiques d'oeuvres d'artistes mélanésiens. 

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Notre sensibilité aiguisée par notre long séjour nous aide à absorber pleinement les messages, que ce soit par rapport à la coutume, le mode de vie, le sujet de l'indépendance, ou la nature exceptionnelle - récifs coralliens et lagons. Evelyne me confie au passage sa tristesse de quitter demain ce pays attachant...mais elle le fait à chaque fois qu'on quitte un pays. Le coeur est gros ...  mais heureusement, il est grand ! Et sa voisine de bus trouve la tendresse et les mots pour apaiser tant de tristesse.

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Et puis... il est 16 heures, juste le bon timing pour aller noyer notre  tristesse au fond d'un verre de bière. Et la partager avec les lecteurs du blog, en leur annonçant pour de vrai la fin du blog, puisqu'on est arrivé au bout du chemin. La semaine qui s'en vient à Auckland sera consacrée à un retour à la vie plus ordinaire, passage dans les salles de fitness pour se refaire les jambes après près de 4 semaines d'inactivité. 
On livrera encore un dernier épisode dimanche prochain 26 mai, on aura récupéré nos vélos et on fêtera 2 anniversaires. Bilan de 365 jours sans jour sans. Je me réjouis.

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18 mai 2019

Samedi 18 Mai - Nouméa

On prend le café du matin au bar du Bout du Monde avec Agathe qu'on avait rencontrée à Maré. On était resté en contact, et Agathe, qui travaille en RH à Nouméa, nous consacre 2 heures pour un échange sympa suivi d’un tour de ville dans sa Clio blanche. Salut Agathe, et merci pour cette rencontre trop brève qui restera pour nous un bon moment. On comprend que la capitale et les îles sont deux mondes différents, le clivage des populations est bien marqué à Nouméa, où ne se mélangent pas facilement kanaks, métros, caldoches. A chacun ses quartiers, son mode et niveau de vie. Peut être la prochaine génération parviendra à améliorer la fusion de ces groupes.

Agathe nous quitte pour se préparer à un trail en montagne, on profite du beau temps pour se rendre à l'île aux canards, une toute petite île située à 5 minutes en taxi boat. L'île est aménagée en son centre avec un bar en forme de case, autour duquel sont installés parasols et transats, quelques pins et palmiers apportent un peu d'ombre et de fraîcheur, un petit paradis. L'île est à  peine plus grande que l'île des cygnes à Annecy, on en fait le tour à pied en moins de 10 minutes. Au large, c'est un festival de planches à voile et kitesurf, un spectacle, tous des pros..

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Evelyne se régale à l'expo des sculpteurs mélanésiens, un art inspiré par l’idée fixe de protéger l'île de la fureur des dieux et des océans.

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Pour moi,  c’est la dernière occasion de prendre masque et tuba pour un parcours au milieu des coraux, parmi les poissons tout proches qui profitent de la marée basse pour se réfugier là à manger du corail. En consultant le catalogue des poissons de Nouvelle Calédonie, j’arrive à mettre un nom sur mes rencontres sous-marines : poisson perroquet vert, aiguillette avec sa mâchoire en forme de scie,  sergents majors aux robes de zèbre, poisson cocher zèbre et jaune, poisson papillon jaune... mais pas de tortue verte, il faudra revenir à marée haute. 

On ose une visite à l’aquarium, une façon de retrouver les mêmes espèces et de se dire avec fierté « celui là, je le connais, je l’ai vu pour de vrai ».

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 Et pour conclure la journée, encore un coucher de soleil, sous le regard du pêcheur de la pleine lune en action.

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17 mai 2019

Vendredi 17 Mai - Nouméa

C’est le dernier jour touristique de notre voyage. Ça ne signifie pas que tout est fini, mais à partir de demain, on bascule dans le processus de fin de notre belle histoire, on prend du repos et on se concentre sur le retour à la maison. Retourner sur Auckland, puis depuis Auckland rentrer sur Paris, et de Paris revenir sur le pays de Gex. Tout cela va nous prendre 3 semaines, un sas nécessaire pour décontaminer nos organismes de toute envie de repartir avant même d’être rentré à la maison.

Pour faciliter les choses, on a tout réservé : le vol sur Auckland ce lundi 20, les retrouvailles avec nos vélos chez Don et Sally samedi 25, le transfert dans la zone aéroport d’Auckland le lundi 27, le départ pour 24 heures de vol le mardi 28, un TGV pour Aix les Bains et une soirée GigiAnnick le vendredi 7 juin, une familiade à Annecy le samedi 8 juin, et le retour à la maison le dimanche de la Pentecôte ou le lendemain pour 16 heures.

En attendant... on consacre notre dernière journée de pluie à la visite du sud de Nouméa, on roule (en auto) vers le parc provincial de la rivière bleue. On avait vu des clips télé sur ce parc aux couleurs harmonieuses bleu-vert-rouge, avec sa végétation tropicale posée sur une terre rouge, autour des lacs formés en 1958 à la suite de la construction des barrages.

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On a le choix entre 4 parcours : à pied, à VTT, en canoé, en van de 20 personnes avec le chauffeur Marc qui nous a été recommandé par Manu au petit déjeuner chez Dydyce sur Ouvéa. La décision se prend au lieu dit ´Pont Perignon’, où la voiture doit rester au parking, et il est possible de louer du matériel. Un moment de honte est vite passé, on choisit le van, il y a trop d’épisodes d’averses pour tenter quelque chose d’autre aujourd’hui. Si c’était à refaire par beau temps, c’est sans doute le kayak qu’il faudrait choisir, ou le VTT qui a un parcours cool.

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Premier arrêt devant la forêt noyée. Quand le lac du barrage s’est formé il y a 60 ans, une forêt s’est retrouvée sous l’eau. Il en reste encore quelques arbres morts autour desquels les kayaks peuvent se balader, Quand le niveau d’eau est bas, il’est même possible de s’y rendre à pied.

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Ici, la vedette, c'est le cagou. C'est l'emblème du pays, il est choyé et chouchouté car il n'en reste que 1500, dont la moitié dans ce parc. Il faut dire qu'avec 1 oeuf par an, on est loin d’atteindre le seuil de la surpopulation. C’est un oiseau qui ne vole pas, comme la poule. Il n'est même pas sauvage, quand Marc le chauffeur nous débusque 2 cagous le long du chemin, on a tout le temps pour s'approcher, ils sont occupés à scruter la terre meuble pour y trouver leur ration de vers de terre.

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La pluie cesse, Marc nous conseille une marche d’une demi-heure, pour nous reprendre sur son chemin de retour. On avance dans une forêt dense, en se demandant à chaque pas de quel côté va nous arriver la flèche. Envie de crier « Ne tirez pas ! »

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Passage devant le grand Kaori, un arbre millénaire préservé de l’exploitation du bois dans les années 1950, du fait de son trop gros diamètre. Incroyable, il n’existait pas de scie à sa taille !

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Une journée simple, qui met un agréable point final à notre activité touristique. Il nous reste Nouméa et Auckland, leurs musées, leurs bars, leurs rues commerçantes. En tout cas pour Nouméa, il nous reste à voir le centre Tjibaou. Demain.

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16 mai 2019

Jeudi 16 Mai - Nouméa

Évelyne a du mal à quitter notre chambre d'hôtes ce matin, elle en explore tous les détails qu'elle note dans son petit carnet. À l'approche de notre retour à la maison, je me demande si elle ne commence pas à enregistrer quelques idées de transformations. Notre hôte Thomas Laffite se souvient des heures que son père passait à dessiner les plans, il a conçu ainsi une douzaine de maisons, sa femme en a choisi une et il l'a construite. Un original de plus dans nos rencontres ! Ici, l'angle à 90 degrés est interdit, toutes les portes viennent d'un pays lointain - Bali ? - et possèdent leur système de fixation et de fermeture faits sur mesure. Pareil pour les escaliers dont le système de montage figure dans le carnet d'Evelyne. Dans l'ensemble, ce n'est pas toujours fonctionnel, mais c'est agréable au regard.

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On reprend la route pour Nouméa avec un premier arrêt tout près de Poé, pour une ballade à pied vers la baie aux tortues. Une belle plage au sable rose - notre première rencontre avec du sable rose - parmi les pins. Des tortues 'grosse tête' qui avaient l'habitude de parcourir 2500 kms pour venir s'accoupler dans cette baie, il en reste peu. Les statistiques sont sévères : sur 1000 œufs pondus sur la plage, un seul parvient en moyenne à échapper aux prédateurs et atteindre l'âge adulte. Et  les braconniers ont fait le reste. Comme les tortues reviennent là où elles sont nées, on a très peu de chance d'apercevoir une tortue aujourd'hui. On se contente du jeu de couleurs sable rose - pins verts - mer turquoise.

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Second arrêt au cimetière militaire de Nouvelle Zélande, et une question : pourquoi ? Visite émouvante d'un lieu de mémoire sobre, qui s'offre une superbe vue face à la chaîne de montagnes. Fin 1941 et printemps 1942, le Japon a lancé une grande entreprise de conquête du Pacifique, et établi une ceinture couvrant l'ensemble des îles depuis la Birmanie jusqu'à la Nouvelle Guinée. Les contre offensives des alliés ont suivi dans le Pacifique, bataille des Midway, bataille de la mer de Corail... Les forces navales et aériennes Néo-zélandaises se sont jointes aux alliés, elles ont eu leur héros, et ce mémorial s'adresse à eux.

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Troisième et dernier arrêt peu avant La Fao, pour la visite de Fort Teremba. Un retour sur l'histoire des bagnards et de la colonisation. Fort Teremba n'est pas un bagne, c'est un fort militaire construit suite à l'insurrection kanak de 1868, dans la région où étaient installés les bagnes. Face au besoin grandissant de terrains - destinés aux colons, aux bagnards ayant purgé leur peine, et à l'organisation des bagnes eux mêmes - le gouvernement Français avait lancé des opérations de délimitation des terrains, repoussant à chaque fois les kanaks hors de leur terres. L'exposition révèle cette cruelle histoire, les tensions ayant mené à l'insurrection, le rôle des bagnards dans le développement et la colonisation de la Nouvelle-Calédonie.

Dans un cadre d'exception. Extraits...

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15 mai 2019

Mercredi 15 Mai - Poé

Notre hôte Yannick nous cueille à 6h30 pour nous emmener saluer l’ancêtre des arbres à letchis de la Nouvelle Calédonie. On le suit en voiture, un parcours hasardeux qui nous fait passer par des chemins de terre, à travers les hautes herbes dans la brousse, sur le sable aïe aïe aïe, pour terminer sur la piste d’atterrissage de l’ancien aérodrome de Nesson. Une belle aventure matinale, sous grand ciel bleu, juste avant le plateau de fruits frais.

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La végétation a envahi l’ancienne plantation de café abandonnée, au fond de laquelle se détachent 2 arbres plus que centenaires. Un gigantesque banian avec des racines apparentes de la taille d’un conduit de cheminée. C’est un mangeur d’arbres, qui se développe en étouffant les autres, un genre de cannibale de la forêt. Et tout près, le premier arbre à letchis du pays, un fruit importé de la Réunion en 1868 par un colon du nom de Jolimont Kabbar, qui avait emporté avec lui 3 graines. L’histoire dit qu’une seule a pris, mais quelle descendance !  Le litchee est devenu le fruit de Houaïlou, qui le fête chaque année au mois de décembre, une grande fête du printemps.

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Quand Yannick nous quitte pour se rendre à son travail, c’est au tour de Christelle de venir faire la causette. C’est elle qui nous pousse à rentrer vers Nouméa par la route de Kouaoua, à travers les mines de nickel, une route qu’on nous avait fortement déconseillée, car elle traverse un gué, la rivière peut déborder. Christelle nous rassure en se référant à son mari qui est un grand de la DDE et connaît très bien l’état des routes. Merci Christelle, tu es la bonne étoile de notre journée.

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Très vite, la route longe la mer, avec deux couleurs majeures qui se détachent : le bleu, que l’on connaît par cœur, et un rouge orangé qu’on aperçoit au milieu de la végétation. Et plus on se rapproche, plus la végétation disparaît, pour laisser place à une montagne sculptée, ambiance western. Le grand canyon ? Bien sûr, ce n’est pas la nature qui a façonné ce paysage d’exception, mais le résultat est là, on a du mal à avancer, avec un arrêt photo tous les 100 mètres. Des mines à ciel ouvert d’extraction du nickel, on commence à comprendre les enjeux de la colonisation...

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A la montagne comme dans les forêts tropicales, des carcasses de voitures abandonnées gisent ça et là. On pense bien sûr que ce n’est pas bien, mais quelle est la solution simple et pas trop onéreuse pour faire disparaître ces épaves quand on se trouve sur une île au bout du monde ? Alors je me dis que peut être.... la végétation pousse ici à une telle vitesse que la nature est bien plus forte et parvient à absorber tout ça. En tout cas, les voitures laissées dans la montagne se fondent presque à merveille dans le paysage. A croire qu’elles ont été posés intentionnellement.

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Kouaoua ! Après un long parcours sportif en montagne, on redescend au niveau de la mer, en passant sous le tapis roulant qui transporte sur des kilomètres le minerai vers les bateaux. Un marché nous attend, peu de choses à vendre, mais pour nous, c’est super : tartes et café, on retrouve l’ambiance de notre café de 11 heures à vélo. Avec une foule essentiellement féminine, et de la gaieté. Rencontre d’une jeune Française venue faire un stage de fin d'études dans les mines de nickel. Elle y est restée, elle est devenune potière. Evelyne ajoute 2 tasses à ses souvenirs de vacances. 
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Et on revient sur Bourail, une chambre d’hôtes tout près de la lagune de Poé, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un vent violent, des kite surfs à fond la caisse, il fait bon vivre ici à l’approche de l’hiver.

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14 mai 2019

Mardi 14 Mai - Houaïlou

Notre mission du jour : retrouver les traces des premières années d’enfance d’une amie du pays de Gex née à Nouméa. On dispose de quelques indices : un nom de lieu (Do-Néva), une période (1934 - 1946), une année de naissance (1941), la profession du père (Pasteur).

Muni de tous ces éléments, on prend une voiture pour faire les 250 kms de Nouméa à Houaïlou, petit village de la côte Est. C’est l’occasion de traverser la grande chaîne de montagne qui coupe la Grande Terre en deux. On a vu le nom de Doneva sur Google Map, à quelques kms de Houaïlou, sans savoir précisément ce qu’il représente - un village, une tribu, un lieu dit...

Pour la première moitié du parcours, jusqu’à Bourail, on emprunte la route principale qui fait le tour de l’île, sans regret pour les vélos laissés à Auckland. Ça roule bien, mais ce n’est pas idéal pour la sécurité des vélos. D’ailleurs, on ne rencontre ni vélo ni scooter. 

La traversée de la montagne par le col des Roussettes est plus agréable, au milieu de la végétation tropicale, bananiers, cocotiers, sans oublier le dicksonia antartica, la fougère arborescente, un arbre qui a joué un rôle important dans la vie de notre amie, elle en a planté 4 dans son jardin.

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A quelques kilomètres de Houaïlou, on gare près d’une école, un kanak s’approche de nous, « est ce que vous connaissez Do-Neva ? » - « vous y êtes» et il nous raconte l’histoire de Do-Neva, dont on retrouve le résumé sur un panneau relatant la mémoire des lieux.

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Maurice Leenhardt, jeune pasteur de 24 ans accompagné de son épouse Jeanne, débarque à Nouméa le 13 Novembre 1902. Trois jours après son arrivée, une délégation conduite par le chef Oumine lui offre une coutume d’accueil, et l’escorte jusqu’à Waa Wi Luu à bord du Saint Antoine. Il est chaleureusement reçu par le grand chef Mindhia et le pasteur Weinith à la tribu de Né ajië. Peu après, il rachète un terrain de 13 hectares en bordure de la Waa Wi Luu au colon Girard qui tenait un débit de boissons et avait fait construire, au sommet de la colline,un fortin avec meurtrière et tourelles en bois.

Le 13 Avril 1903, le pasteur Maurice Leenhardt fonde la mission protestante de Do-Néva dans la vallée de la Waa Wi Luu. Il fait appel aux tribus pour construire une école et des logements. Bientôt, les premières cases sont édifiées. Un soir de veillée à Go mö dé, on cherche un nom de baptême pour la mission. Le chef Oumine suggère alors Do-Néva qui, en langue ajie-aro parlée à Waa Wi Lu, signifie ´le vrai pays’. Le nom est aussitôt adopté.

Bientôt, il faut s’occuper des salles de classe et des habitations. Le fortin est aménagé en logements, le magasin Girard accueille le temple et l’école, sa maison devenant celle du missionnaire. En 1912, les élèves, les natas et les tribus alentours construisent en maçonnerie la grande maison centrale pour loger le second missionnaire Paul Laffay. Il y a aussi une boulangerie, une petite scierie, un atelier, un lavoir, une ferme et un début d’exploitation agricole. Do-Néva devient rapidement le cœur de la Nouvelle Calédonie protestante. En 1918, est lancée la construction de la ´vieille école´ d’après les plans initiaux de Paul Laffay.

Arrivé l’année suivante, Paul Émile Pasteur en supervise la construction jusqu’à son terme. École pastorale à ses débuts, l’établissement comprend aujourd’hui une école primaire, un collège, un lycée professionnel agricole et un internat. Mais les anciens bâtiments sont toujours là, tels La Chapelle, le fortin, la maison missionnaire et la ´vieille école´ restaurée. Classé monument historique en 1991, le vieux bâtiment a été restauré à l’identique grâce aux nombreux documents d’archive.

On remarque sur la façade une seule pierre apparente : un pétroglyphe qui avait été placé là par un pasteur de Pum (Poum) Tubi Baou.

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Le lieu, initialement un centre de formation pour les jeunes pasteurs kanaks missionnaires, est devenu aujourd’hui une école couvrant tout le cycle primaire et secondaire. Au niveau du lycée agricole, c’est devenu un internat. Des élèves kanaks venant de la brousse, des enseignants mixtes kanaks et métros, une complicité particulière entre enfants et professeurs, des activités extra-scolaires dans la nature proche. On a un long échange avec le documentaliste de l’école, qui nous offre pour finir deux revues relatant le centenaire de l’école fondée en 1903. Peut être demain on pourra rencontrer le directeur actuel,Thomas Carlsen, un Alsacien fils du précédent pasteur.

On mitraille les lieux, les bâtiments, les arbres, les lycéens, tous les témoignages associés aux 5 premières années de la vie de notre amie lui sont transmis par WhatsApp, c’est du vrai reportage sur le terrain  en temps réel. Un beau réveil pour Anne Rose, on a envie de lui dire ‘bon anniversaire’. Pour la petite histoire, Christian Karembeu, milieu de terrain de l'équipe de France championne du monde en 1998, né sur l’ile de  Lifou, a fait son entrée en 6ème au collège de Do Néva. 

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On reçoit à Houaïlou un accueil en tribu chez Christelle et son mari Yannick, dans un jardin aéré couvert de toutes espèces d’arbustes, au pays des letchis. Le couple est vraiment chaleureux, même si on décèle un poil de tristesse quand on explique à Christelle, originaire de Lifou, qu’on a passé quelques jours sur son île. On a compris que la femme doit suivre son mari dans sa tribu, et la nostalgie existe.

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Au repas du soir, un long échange avec Yannick qui a suivi l’enseignement de Do-Néva. Le monde est petit ! Il nous parle des letchis, la spécialité de Houaïlou. La première graine est venue de l’île de la Réunion, elle est à l’origine des arbres qui ont poussé à Houaïlou, eux mêmes à l’origine de tous ceux de la Nouvelle Calédonie. Demain, Yannick nous emmène visiter l’ancêtre de tous ces arbres, toujours vivant.

 

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13 mai 2019

Lundi 13 Mai - Nouméa

Notre gîte des trois bagnans propose au fond de son jardin une petite visite touristique intitulée ´les grottes du bagne´. Un parcours de 200 mètres qui met en valeur la culture kanak. Les cars y déposent leurs touristes à l’entrée, on doit mettre 3 euros dans la boîte et on pénètre dans les lieux au milieu des esprits des ancêtres.  Des tableaux guident le visiteur en Français et en Anglais, ils décrivent la culture kanak, très semblable à la culture de tous les peuples qui se sont établis sur notre terre. Mais à la différence avec les autres peuples, c’est une culture qui perdure et vit encore.

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A propos de la culture kanak (extraits de la visite des grottes du bagne)

La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des femmes qui ont été dénommés Kanaks. Ils avaient développé une civilisation propre avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique.

L’identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre. Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et gardait la mémoire de l’accueil d’autres familles. Les noms que la tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant certains d’entre eux, les chemins coutumiers, structuraient l’espace et les échanges.

 Une tribu est composée de différents clans, ces clans ont un chef de clan qui est le porte parole de la famille. Et au dessus de ces chefs de clans, la tribu a un petit chef qui la représente à la grande chefferie. Le calendrier de l’année est basé sur le cycle de l’igname. Les 8 tribus se rassemblent à la grande chefferie le 18 Mars pour présenter les prémices (premières récoltes), signe de respect et d’humilité. Le 19 Mars est le premier jour de l’année, le jour de partage avec tous ceux qui vivent sur l’île.

A propos des bagnards (extraits de la visite des grottes du bagne)

A partir de 1872 et jusqu’à l’amnistie de 1880, les insurgés de la commune de Paris sont déportés en Nouvelle Calédonie au bagne sur l’île de Nou. Pour les forçats, pour les déportés simples ou encore les insurgés de la révolte Kabyle de 1871, sur la presqu’île de Ducos (enceintes fortifiées) ou encore ici à l’île des Pins. Les vestiges en témoignent.

A partir de 1895, les bagnards sont libérés et obtiennent des concessions de 4 hectares sur lesquelles ils peuvent cultiver le café. La colonisation libre (colons volontaires non issus du bagne) met en route l’objectif initial celui de réaliser en Nouvelle Calédonie une « colonie de peuplement ».

Vous pouvez regagner votre autobus, merci de votre visite...

On se demande ce que sont ces autobus transportant des touristes, alors qu’on se sent tellement loin de tout sur cette île du bout du monde. En nous rendant à l’aéroport, on est pris en stop par une figure de l’île, Guillaume Kouathé (77 47 65 - kouatheguillaume@gmail.com), il a un gîte Nataiwatch, il nous parle des bateaux qui mouillent à 400 mètres du port, et envoient des chaloupes de touristes faire un tour rapide en car, un circuit organisé qui dure 5 heures. Nos amis du tour du monde par la droite avaient évoqué ce souvenir dans leur blog, ils ont été témoins de la scène.

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Anecdote volée au blog des amis du tour du monde par la droite

Après la pirogue, on était affamé... Nous n'avons pas eu de petit déjeuner au gîte, on sait pas trop pourquoi... Heureusement, nous avons été sauvés quand nous avons trouvé sur la plage, en accostant de notre pirogue, cette dame avec sa table remplie de beignets, crêpes et autres pancakes. Mais que fait-elle là? au milieu de nulle part? On lui commande notre petit déjeuner et elle nous dit de se dépêcher avant la ruée... mais de quoi parle-t'elle? On a compris quelques minutes plus tard, quand des cars entiers de touristes australiens se font déverser sur la plage, venus faire trois photos pour repartir illico presto vers d'autres criques à photographier. C'était comme une vague de criquets dans un champs de céréales... Ils sont restés trois minutes à peine et ont laissé derrière eux un silence assourdissant. Le plus rigolo, c'est que les gars qui ne faisaient rien jusqu'ici et discutaient avec nous, se sont vite mis au travail devant les objectifs et ont fait semblant de construire la pirogue sur laquelle ils se prélassaient jusqu'alors. Une fois photographiés, ils se sont rassis dessus et on a tous rigolé de la situation.

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On laisse nos coordonnées à monsieur Guillaume, il se rend en France prochainement, on ne sait jamais. Et on quitte l’île des Pins, on quitte surtout les îles que l’on a découvertes pendant 2 semaines, avec leur identité et leur richesse culturelle. Ce sont 4 îles très différentes : Maré la plus sauvage avec ses villages cachés, Lifou la plus grande et ses villages à découvert, Ouvéa et ses 40 kms de plage de sable blanc, et l’île des Pins avec ses baies colorées et son attrait touristique discret. Toutes ont en commun leur éventail de couleurs, leur sable blanc, leur fond de corail et leur vie sous marine, et surtout leur population kanak vivant à l’ancienne avec sa gentillesse, son sens de l’accueil, ses traditions, ses tendances indépendantistes et sa tristesse ce matin avec les élections qui n’amènent que 9 sièges au parti  indépendantiste contre 21 au parti loyaliste.

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Sans oublier la lune qui se met toujours à l’envers de ce côté de l’équateur.

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12 mai 2019

Dimanche 12 Mai - Ile des Pins

Le pic du Nga culmine dans les pins  à 262 mètres, il offre un panorama complet de l’île, comme une vue d’avion. Une bonne raison pour en faire notre ballade du dimanche, pendant qu’ils sont tous partis aux élections provinciales.

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On nous a parlé d’une rando de 1h30, mais c’est toujours la même histoire : les gens qui disent ne savent pas. Il faut compter 1h30 pour monter au pic, et à peu près autant pour en redescendre. Heureusement, on n’a pas de contrainte horaire, notre vol retour sur Nouméa est prévu demain. On réalise que pouvoir faire des activités sans contrainte horaire est bien un luxe de notre âge. Profitons en.

Une ballade qui part des ruines de l’ancien bagne. Montee en pente douce sur un sentier caillouteux au départ, une terre rouge, on grimpe successivement 3 mamelons avant l’attaque finale : un raidillon sur une glaise sèche, on est concentré pour ne pas déraper, équipés tous deux de nos chaussures de vélo partiellement adaptées à la marche en montagne. La récompense à l’arrivée : une petite plateforme entourée de pins, une chambre où on peut rêver de planter la tente. Avec une pensée pour Juliette et Jo qui ont parcouru de tels sentiers de nuit à la diagonale du fou, chapeau...mais ils avaient certainement de bonnes chaussures et une bonne lampe frontale.

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La descente en direction de la baie de Kuto est périlleuse, avec quelques passages en position assise pour éviter la glisse. En regardant les photos, on devine comme des silhouettes de skieur attaquant un christiania, virage à gauche, virage à droite, saut, califourchon... on finit par se relâcher en débouchant sur un sentier plus large, c’est gagné.

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Le temps de prendre une photo des 3 mamelons, et j’entends un gros bruit patatrac... 

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... je n’y crois pas, Evelyne est suspendue dans la pente en bordure du sentier, accrochée à un rocher, les mains tendues vers le haut et les pieds qui remuent comme à la recherche d’un appui stable qui n’existe pas. En dessous, ce n’est pas terrible, une bonne pente de terre et cailloux dans laquelle roulades et glissades peuvent laisser des traces indélébiles. L’heure est grave, je n’ai pas le choix, me préparer un trou pour y caler le pied, tendre la main et tirer. Evelyne est souple, elle remonte tour à tour un pied, une main, puis l’autre pied, l’autre main, comme dans les jeux d’équilibre des enfants. Un dernier effort avec les abdominaux, et la voilà à ma hauteur. Je peux remonter me mettre en position couchée sur le sentier et recommencer l’opération, et après 5 bonnes minutes d’effort, où les muscles commencent à tétaniser, elle se sort de cette situation. Un ange gardien est passé par là, mais quel diable l’a poussée ? Mystère, cela aurait pu se produire 100 fois dans les raidillons, elle a attendu le passage cool pour faire sa sortie de route. Excès de confiance sans doute, elle promet de ne pas recommencer.

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La suite : baignade pour s’en remettre à la belle plage de Kuto, bière pour s’en remettre au café de la plage de Kuto, et rêverie au bord de la baie, en attendant le coucher du soleil qui ne viendra pas ce soir, le ciel est gris, mauvais présage pour les élections ?

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11 mai 2019

Samedi 11 Mai - Ile des Pins

L’île des Pins possède un site incontournable, une piscine naturelle située sur la côte Est, à l’embouchure d’une rivière. Malgré sa réputation d’île touristique, il n’y a pas d’agence de tourisme comme on en trouve par exemple partout au Vietnam. Mais radio tam-tam et le bouche à oreille fonctionnent bien, tout le monde sait qu’on peut réserver par téléphone ou sur Internet un tour incluant pirogue, piscine naturelle et langouste. On a une approche différente, on préfère partir à pied, en stop, avec l’idée d’être libre de toute contrainte. Notre expérience de rando à vélo nous a montré que pour bien visiter un site, il ne faut pas se faire parachuter directement sur place. L’approche lente et progressive permet de s’imprégner des lieux pour prendre possession de notre destination et l’apprécier à sa bonne valeur.

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Le stop fonctionne à merveille : une prof de SVT nous amène au carrefour près de l’aéroport, un pickup nous pose sur le dernier tronçon, il ne reste que 5 kms que l’on fait à pied, aucune voiture ne passe, un site touristique comme on les aime.

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Au parking, on s’acquitte de la redevance auprès de la gardienne, une dame de la tribu Ouatchia qui tient le détail des encaissements dans un cahier d’écolier parfaitement tenu.

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Il nous reste une vingtaine de minutes de marche le long de la rivière qu’il faut traverser, des panneaux indiquent de façon assez claire le chemin à suivre. Un parcours à pied dans une eau cristalline, le long des pins et d’une belle végétation généreuse...

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... et la piscine apparaît tout d’un coup, fermée vers la mer par une barrière de récifs sur laquelle on voit exploser les vagues. Mais à l’intérieur de la piscine, c’est le grand calme, une eau d’abord cristallise qui bleuit progressivement au fur et à mesure de la descente dans les profondeurs. Le masque et le tuba font le reste, un parcours entre deux eaux au milieu des bancs de poissons, et sous les pieds, les coraux. Super.

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Sur la plage autour de nous, 2 couples seulement, les excursions en pirogue arrivent un peu plus tard, l’horaire est synchronisé avec l’heure de la langouste.

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Retour vers la grand route en poursuivant notre rando le long d’une autre rivière, pour atteindre la baie d’Oro où un grand hôtel - le Méridien - s’est installé il y a 20 ans, dans un luxe compréhensible mais déplacé. On se rend compte en faisant du stop que la référence à notre gîte des trois banians nous ouvre les portes, on est bien vu d’avoir opté pour un séjour en tribu.

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Pour le retour sur Kuto, on tombe par hasard sur Joseph, le cousin de notre hôte - on a compris depuis longtemps que tout le monde ici est cousin ou neveu / nièce. Joseph nous amène jusqu’au village de Vao. Il nous explique que l’île est entièrement catholique, l’église du village est le lieu de rassemblement des 8 tribus. La répartition géographique en tribus est liée aux cultures des champs. Ils sont peu à habiter dans les tribus, la majorité vivent au village, à Vao. Tout le monde se connaît, on fait la fête à chaque mariage...

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Un couple de la tribu de Comagna nous dépose pour finir à la baie de Kanuméra, face au rocher du même nom qui est tabou, les ancêtres l’occupent, interdiction d’y mettre le pied. Une baie toute en bleu, les nuances du bleu jouent le rôle de météo.

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Voilà notre journée touristique, elle se termine pour Evelyne par un moment de créativité avec la palette de peinture de Sylvie. Au milieu des moustiques qu’elle arrive à ignorer dans ces moments là. Et pour moi, ce sera un demi s’il vous plaît.

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10 mai 2019

Vendredi 10 Mai - Ile des Pins

On quitte Dydyce et son gîte qui fonctionne dans un système de confiance qu’on a apprécié. Ici, tout est ouvert, cuisine, réfrigérateur, bière à la pression. On se sert et on note. Discrète mais ferme sur les horaires, elle sert le repas à 19 heures précises, annonce le couvre-feu à 21h30. On s'est senti là comme en famille, un gîte qu’on recommande.

C'est une journée de transition, pour passer le l’île d’Ouvéa à l’île des Pins, il faut repasser par Nouméa. Un vol de 30 minutes ce matin, un vol de 20 minutes en fin d'après midi, et à 17h, on a notre case au gîte des trois Bagnans pour les 3 prochaines nuits, sur l'île la plus merveilleuse de la terre, aux dires de tous ceux qui nous l'ont conseillée.

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Impatients de découvrir... En tout cas vu d'avion, ça commence fort. Avec un tas d'îlots qui affleurent juste au dessus de la mer, ils émergent à peine à la surface de l'eau, et nous renvoient toujours ces mêmes teintes, mélanges harmonieux de bruns et de bleus. Des atolls à déguster. 

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On a un pilote sympa, il fait un grand tour de l'île avant de chercher sa piste d'atterrissage, en nous dévoilant la végétation et les piscines naturelles qui nous attendent. Avant de débarquer sur l’ile, on sait déjà presque tout... on y va quand même.

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On est reçu aux trois banians par Jacques et Rosemarie, un couple qui héberge des enfants en famille d’accueil. Gladys, Marcel,  Célestin nous font le service du soir. On aperçoit d’autres personnes, famille? tribu ? on verra demain.
On est apparemment seul dans le gîte, ça nous change de l’ambiance familiale des derniers jours, mais on va s’adapter.
Quelques totems posés par ci par là semblent signifier que des esprits rôdent, ils ne sont pas loin. On fera très attention à respecter la distance avec la pierre tombale située près de l’entrée du jardin, il faut ménager les esprits. Pour l'instant, ils nous ont envoyé les premiers moustiques. 
L’activité du jour : un tour à la plage de Kuto à la tombée de la nuit. Une immense plage de sable blanc, face à la baie. Un grand calme à peine rompu par 2 couples jouant à la pétanque avec des noix de coco et 2 enfants dans l’eau. On ne rate pas une seconde du coucher du soleil en sirotant notre potion magique à la terrasse du bar de la plage - et ça, c’est nouveau, on n’avait pas vu un seul bar à touriste de ce type sur les autres îles de la Loyauté. L’ile des Pins est belle et touristique.

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09 mai 2019

Jeudi 9 Mai - Ile d’Ouvéa

On a dormi dans une case chez Dydyce, là encore un accueil kayak chaleureux. Elle nous a préparé hier soir le bougna au poulet, le plat traditionnel du pays. Les légumes -  igname, courge, patate douce, brocolis - sont rassemblés à l'intérieur de feuilles de cocotiers, le tout est chauffé entre 4 pierres pendant 4 heures. Ça sent le bois, c'est délicieux.

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Ce matin, c'est au tour de Pierre, le mari de Dydyce, de nous emmener sur son catamaran. On s’est inscrit à un tour intitulé ‘les pléiades Sud Ouvéa’, en posant les deux questions principales « c’est où ? à quelle heure ?», sans se soucier du détail. On n’en sait pas plus quand on arrive au lieu de rendez vous, on pense aller voir de la mer bleue et des poissons. En tenue de plongée, Pierre nous présente son associé Marcel, qui nous cadre la ballade : il s’agit d’une randonnée palmée en pleine mer. Oups ! En réfléchissant bien, c’est certainement la meilleure façon de voir la mer et des poissons, on aurait pu y penser. Il va falloir enfiler un masque et le tuba, pour Evelyne qui n'a jamais mis la tête sous l'eau, c'est une première. Avec la question-clin d’oeil « et c’est quand la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois ? ».

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L’approche en bateau, c’est la traversée d’un éventail de bleu : le bleu turquoise, le bleu roi, l’encre du golf du lion, le bleu océan, bleu de méthylène, bleu azur, sans oublier le bleu Ganea découvert en Nouvelle Zélande .... puis le bateau s’arrête en pleine mer, et on passe à l’eau. Oups !

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Un groupe de 5 personnes avec 2 encadreurs, ça ne fait pas trop de bruit, et très vite, les poissons viennent à nous. Pierre est un pro capable de tenir plus de 5 minutes en apnée, il fait de nombreuses descentes pour enlacer les poissons. Marcel s’occupe d’Evelyne, la plus âgée du groupe, qu’il surveille de façon attendrissante. Elle ne risque rien, et prend rapidement son pied dans ce milieu à priori hostile il y a une heure. On trouve vite nos marques, c’est gagné, on ouvre grand les yeux, tout se passe en dessous de nous sur écran géant. En dehors de la rencontre de bancs de poissons de toutes sortes et toutes couleurs, deux moments particuliers nous marquent : le petit requin gris de 1m50 et la raie manta de plus de 3 mètres d’envergure. Le requin est discret, il glisse à 10 mètres sous nos pieds, on le retrouve à plusieurs reprises, mais on le laisse tranquille. Pour la raie, c’est différent, on va passer un bon quart d’heure avec elle. Elle est tout près de nous - Pierre nous explique qu’elle est capable de fuir d’un bond, avec une accélération soudaine - mais elle tourne tranquillement sans jamais accélérer. Les plus audacieux descendent en apnée lui faire un câlin, on joue à 20000 amours sous les mers.

La seconde partie de la randonnée se déroule au dessus des coraux, on passe tout près de ces sortes de champignons tentaculaires dans des hauteurs d’eau de moins de 1 mètre pour déboucher soudain dans des abîmes vertigineux, et oh surprise, on ne tombe pas dans l’abîme, on flotte ! Là encore, un festival de formes et de couleurs, dans des teints plus mats, avec le retour du requin et de la raie...Inoubliable.

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La dernière récompense, une fois remontés à bord, c’est le défilé des 2 requins gris - envergure de plus de 4 mètres, on se sent mieux à bord -, puis d’autres raies en bandes, puis la tortue - on aurait été déçu de ne pas voir une tortue.

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Sur le site Facebook Internet ´les pléiades sud Ouvéa’, on devrait trouver les vidéos tournées par Pierre.

Retour à notre gîte d’accueil en passant par l’église catholique St Michel, et une soirée sympa, échanges avec Dydyce qui se prépare à un séjour en Allemagne, longue discussion avec la jeune espagnole Agatha et son année sabathique du demi-siècle, avec les profs de l’école primaire de Nouméa à la recherche de nouvelles méthodes pédagogiques, rencontre de quelques expatriées - principalement des filles. La bonne routine...

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08 mai 2019

Mercredi 8 Mai - île d'Ouvéa

C’est jour férié, comme à la métropole. On quitte Lifou pour Ouvéa, l’île qualifiée de petit paradis. Une île toute en longueur, la même végétation tropicale que nos îles précédentes, mais elle a une spécificité : 40 kms de plage en continu.

Logement pour deux nuits en tribu chez Dydyce, au milieu de l’île. Le temps ne se prête pas à la plage, nuages, légères ondées, on décide de partir visiter le Nord de l’île. On prend à bord notre voisin Luc, un Marseillais parti pour une année à pied avec sa petite toile de tente, objectif café de 11 heures au marché de St Joseph, dernier village au nord.

Je passe rapidement sur les découvertes touristiques - la longue plage au sable blanc et sa mer turquoise, les parades du dauphin qui se tourne et retourne près de la barque des pêcheurs, le trou bleu d’Hanawa, un trou rempli d’eau de mer au milieu de falaises calcaires - le commandant Cousteau a tenté sans succès d’en percer le fond - puis le trou aux tortues, semblable au trou d’Hanawa, avec en prime 3 tortues égarées qui n’en sortiront jamais. Non sans effort, on arrive à en apercevoir une qui vient se nourrir des algues accrochées à la falaise.

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En cherchant un bar, le hasard nous amène à la tribu de Gossanah, où on s’arrête pour une expo où on pense trouver un café. Un moment d’échange d’exception, on est reçu par un grand monsieur de l’histoire kanak, Macki Wéa. C’est le frère de Djubelly Wéa, l’homme qui a tué les deux leaders indépendantistes Jean-Marie Tjibaou et son lieutenant Yeiwéné Yeiwéné. Le corps de Djubelly Wéa repose dans son jardin à deux pas de nous, son frère nous raconte sa version de l’histoire.

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 Fin Avril 1988, les kanaks s’élèvent contre une loi proposée par le ministre d’Outre-mer Bernard Pons, visant à abolir les coutumes kanaks. On est entre les 2 tours des Présidentielles Mitterand - Chirac, une période idéale pour faire du bruit et ébranler l’opinion publique. Ils retiennent l’idée d’une action pacifique consistant à remplacer le drapeau Français par le drapeau kanak à la gendarmerie d’Ouvéa (une action déjà entreprise avec succès dans le passé). Pas de chance, l’épisode tourne mal, des coups de feu sont tirés, 3 gendarmes perdent la vie. Dans la panique, les kanaks prennent des gendarmes en otage et les séquestrent dans une grotte près de cette tribu des Gossanah. Réaction de l’armée qui est immédiatement envoyée pour occuper la tribu. On commence par des arrestations, des humiliations... le 5 mai, GIGN finira par donner l’assaut au cours duquel 19 personnes de la tribu Gossanah trouvent la mort, ainsi qu'un gendarme.

Les organisateurs de l’opération 'gendarmerie' , dont Djubelly Wéa, sont transférés en France à la prison de la Santé. Michel Rocard, nouveau premier ministre, est chargé de trouver une solution au problème kanak, des accords sont signés à Matignon avec Jean-Marie Tjibaou. Une amnistie est accordée à tous les intervenants, et Djubelly Wéa retourne dans sa tribu. Pour le peuple kanak, les Gossanah deviennent des martyres de l’histoire.

Un an plus tard, c’est la première commémoration, Djubelly Wéa accueille Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, et au moment de leur faire la coutume, il sort son revolver et tire. Le garde du corps tire à son tour, bilan tragique 3 morts, et pas n’importe lesquels.

Un événement relayé de diverses manières en France par les médias, on parle de tuerie sauvage des gendarmes à l’arme blanche, on rappelle l'origine cannibale des kanaks  - Il faut savoir que lors de l’exposition coloniale de 1931 à Paris, des kanaks étaient exposés en cages comme des sauvages - l’opinion publique en France n’est pas loin de considérer encore ce peuple comme tel. 

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Macki Wéa essaie de nous donner des éléments pour comprendre le geste de son frère. Selon lui, il s'agit d'une initiative individuelle, sans concertation avec aucun groupe kanak, qui peut s'expliquer par l’accumulation de frustrations. Humiliations lors de la semaine où il a été exposé attaché en public. Querelle de clocher entre politiciens de la Grande Terre et des îles ? Djubelly Wéa n’a pas été impliqué dans la négociation des accords de Matignon, alors qu'il était actif dans les mouvements indépendantistes sur Ouvéa et se trouvait sur place à la prison de la Santé, il avait son mot à dire. Sentiment que le FLNKS (front de libération nationale kanak et socialiste) dirigé par Tjibaou depuis la Grande Terre n’était pas à l’écoute des kanaks des îles, et s’était montré trop faible dans la signature des accords. 

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La réconciliation entre les familles Wéa, Tjibaou et Yeiwéné a eu lieu en 2004, dans une cérémonie coutumière, et la tribu Gossanah, un moment passée du statut de martyre au statut de traître, a retrouvé sa place. Le mémorial des 19 situé à Ouvéa comporte 22 stèles représentant les 19 victimes de 1988 auxquelles se sont ajoutées les 3 personnalités tombées un an plus tard, Djubelly Wéa y est représenté au même niveau que ses 2 victimes. La plaie est fermée, on comprend qu’il reste quand même une cicatrice.

Mathieu Kassowitz a tourné en 2011 un film qui relate l'événement - l'ordre et la morale. Pour des raisons obscures, le film a été tourné à Tahiti. Une frustration de plus pour les kanaks, mais une grande fierté de faire connaître sur grand écran un morceau de leur histoire.

On a l'impression d'avoir joué le rôle de psy pour Pour Macki Wéa qui a besoin de raconter son histoire, et surtout la transmettre, avec ses mots et ses émotions. Pour nous, c'est un moment inoubliable.

Toujours à la recherche d’un bar pour un second café, on est accueilli par hasard par  une femme, Koma Waikata, un phénomène qui se trouve être la veuve du pasteur médiateur aux événements de 1988 de Gossanah. Le monde est petit ! Une femme qui n’a pas la langue dans sa poche, MLF à la puissance 1000, elle a 10,000 histoires à raconter.

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La plus récente : elle avoue avoir sauvé la vie de notre président Macron venu il y a 1 an pour la commémoration des 30 ans de la mort des 19. Le choix de venir le jour anniversaire du 5 mai n'était sans doute pas judicieux, les kanaks ont ressenti son intervention ce jour comme un viol, ce jour est avant tout un jour de commémoration kanak. Madame Koma, qui a, elle aussi, un 6ème sens, nous dit avoir vu en rêve son mari brandir un revolver, et faire le geste qu'avait fait Djubelly Wéa 29 ans plus tôt sous ses yeux. Elle a remué ciel et terre pour obtenir avec succès la mise en place de barrages pour empêcher les gens du Nord de se rendre au mémorial des 19 où était attendu Macron.

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Macron sain et sauf... mais selon Macki Wéa, les kanaks se sont bien rattrapés en lui envoyant l'affaire Benalla, les gilets jaunes, l'incendie de Notre Dame le soir de son intervention télévisée, ... et c'est pas fini : Il faut savoir dans les croyances kanaks, le monde des morts est intégré au monde des vivants, les morts ont le pouvoir d'intervenir dans notre quotidien, ce qu'on appelle 'le hasard' est bien souvent le résultat de l'intervention invisible d'une personne décédée.

Esprit, es tu là ?

 

Quelle journée !

 

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07 mai 2019

Mardi 7 Mai - Ile de Lifou

Retour sur notre soirée hier. En arrivant au gîte Ferapaza vers 16 heures, on rencontre la mère du gardien du gîte. Elle est bavarde, nous parle de son fils unique de 50 ans, célibataire, ancien légionnaire de la guerre du golf, revenu vivre près de ses parents. Elle est veuve depuis 2 ans, prie chaque jour pour que son fils se marie avant qu’elle ne rejoigne son mari. Elle nous explique la chance de vivre en Nouvelle Calédonie, dans une nature nourricière où tout pousse, c’est une terre bénie, « Ici, on fait un trou avec un pieu, on pose la graine, et quand on revient une semaine après, ça pousse déjà. De temps en temps on brûle tout, et ça recommence. Notre terre est bénie, je prie chaque jour pour remercier le Seigneur».

Vers 17h, quand son fils Guillaume Waminya rentre de réunions électorales, crâne rasé, 140 kgs... je m’approche prudemment pour lui faire la coutume à ma façon, sans cadeau, juste quelques mots pour exprimer notre plaisir de venir chez lui, c’est notre quatrième séjour en tribu. Erreur de réservation sans doute, il n’attendait personne, mais il accepte de nous accueillir, et même de nous préparer un poisson ce soir alors qu’il est fermé. Il nous expliquera plus tard qu’il voulait d’abord refuser, mais il est kanak, et le sens de l’accueil kanak a pris le dessus. Et on n’avait pas le genre du mauvais touriste exigeant.

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On s’installe à table à 19 heures, le courant passe, on développe de part et d’autre une relation chaleureuse. Guillaume nous a préparé un vivarneau - un poisson qui vit à une profondeur de 300 mètres - agrémenté d’igname, patate douce, fougère et banane. Un plat traditionnel. Au moment du dessert, il vient s’asseoir à nos côtés, et avant d’aller nous faire sauter une banane flambée, il se livre. Ancien légionnaire, guerre du golf, ancien garde du corps de Sarkozy, il a reçu dans son gîte des hommes importants, il a une photo avec le président du sénat Gérard Larcher. C’est un homme important, il joue dans sa tribu un rôle de second du chef. C’est lui qui intervient dans la coutume avec les morts. « Si une personne décède, le petit frère de la personne va faire la coutume avec le frère plus âgé, qui a son tour la fera avec son frère aîné, et ainsi de suite jusqu’au grand frère aîné qui viendra faire la coutume avec moi, et j’irai la faire à mon tour avec le grand chef. C’est notre rôle d’amener la personne dans sa dernière demeure, c’est la coutume, on raconte nos relations avec le mort, et il part en paix». Guillaume a un sixième sens, il perçoit les choses, entend à distance tout ce qui se passe dans sa tribu. On est tombé sur un extra terrestre. Par hasard.

Il nous explique son retour en Nouvelle Calédonie. « Ma mère pleurait au téléphone quand j’étais dans le golf, je lui disais ’arrête de pleurer, c’est cher de téléphoner’, puis je suis revenu rendre visite à mes parents. Quand tu rentres et que tes parents posent la coutume sur la table, tu les écoutes». Il a pleuré dans l’avion retour sur France, et a décidé de revenir à ses origines, s’occuper de ses parents. C’est bien sûr lui qui a fait la coutume à son père quand il est parti, il l’a ramené dans la case où il était né, c’est normal puisque son père l’avait présenté dans cette case à la tribu. Premières larmes.

Le monologue évolue vers une analyse de la situation politique, puisque les élections provinciales se présentent dimanche, et que les 2 prochains référendums  2021 et 2023 seront déterminants. Il nous montre son tatouage de la légion, qui s’effrite sous l’effet d’une plaie, on interprète ce signe comme un message d’indépendantisme, malgré toutes les années de vie qu’il a données à la France. Mais ce n’est pas si simple, il poursuit. « La France a réussi à coloniser la Nouvelle Calédonie, elle a déplacé les gens en Grande Terre, mais pas dans les îles. Ici on n’a jamais été déplacé. Mes parents, mes grands pères, n’ont jamais été déplacés, contrairement à Nouméa ou en brousse. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, en Calédonie, c’est compliqué, parce que les gens de la Gande Terre n’ont pas le même passé. Ici on a envoyé des bagnards, ils ont fait des enfants avec nos sœurs. Si on veut être indépendant, noust, le peuple kanak, on doit tenir compte des enfants qui sont métis. Ils n’ont pas demandé à être là, on doit prendre nos responsabilités. Macron disait, quand il est venu ici, ´la Calédonie doit être un exemple pour toutes les colonies’. Il y a la Guyanne, Mayotte, la Réunion, Tahiti, les îles du Pacifique, Wallis et Futuna... on a envie de montrer l’exemple à tous ces pays que l’intelligence n’a pas été créée pour les animaux. Quand je sais que là bas, c’est ma nièce, car ma sœur s’est mariée avec un blanc, là, il faut prendre les bonnes positions. Je vous le dis ce soir car on arrive en fin de soirée, je vous ai accueilli tout à l’heure même si c’est fermé, car pour nous les kanaks, c’est important d’accueillir les gens. Et je vous ai dit : vous voulez manger quoi, un poisson ? 

Ici, on est à l’approche d’un référendum, dans 2 ans il va falloir choisir si on veut être indépendant. Je vois aujourd’hui en Algérie Bouteflika et tous ces mecs qui finissent en prison, vous n’avez pas traversé le monde pour vivre ça. En tout cas moi je suis kanak, .... ». Secondes larmes.

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Guillaume est touchant. Je pense à Jessica qui a insisté sur l’importance des mots, et je prend la parole à mon tour. C’est la coutume ! J’utilise comme monnaie d’échange notre longue traversée de 10 pays, pour dire qu’on s’est senti portés pendant une année à travers des pays héritiers de l’époque du colonialisme, et que cette soirée avec lui est comme une récompense. On ne peut pas se sentir responsable du passé, mais on peut chercher à comprendre, et ce sont bien les échanges avec les gens qui y contribuent. C’est comme ça qu’on a roulé sans encombre près de 16,000 kms, comme transportés sur un chariot ‘porté par le vent’.  Pour la Nouvelle Calédonie, on n’est pas capable de poser un jugement sur l’indépendantisme, on leur souhaite simplement de ne pas changer, conserver leurs valeurs, leur sens du respect, la coutume. Et continuer de partager ces moments d´échange. Troisièmes larmes.

Un souvenir très particulier rédigé à chaud, des sentiments non dissimulés. Merci Guillaume. Je me dis que les premiers missionnaires ont dû se régaler sur ces îles, dès le moment où la relation de confiance et de respect a pu s’établir .

Et aujourd’hui ?

Ballade sur ce qui reste à voir de l’ile. Sous un ciel nuageux, petite chapelle du bout de l’ile, église St François Xavier, plages, aquarium naturel... la routine. Et demain on partira sur une autre île, et encore et encore.

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06 mai 2019

Lundi 6 Mai - Ile de Lifou

Petit déjeuner avec Jeannette, elle est adorable Jeannette. Elle connaît bien la métropole car elle l’a visitée, neveux et nièces font leurs études à Strasbourg et Colmar. On passe peu de temps avec elle car sa semaine de travail commence, mais suffisamment pour se sentir bien avec elle.

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 On la quitte et on retrouve Jessica à sa boutique de petit artisanat. Elle n’est pas originaire de Lifou, elle vient de la Martinique qui est trop polluée aujourd’hui, et se sent tellement mieux sur cette île de Lifou avec son mari et ses 2 enfants 6 et 10 ans. On la questionne sur la coutume, elle nous explique. Offrir un igname ou un morceau de tissu lorsqu’on se rend chez quelqu’un ou lors d’une occasion importante, est un geste coutumier, au même titre qu’on offre chez nous des fleurs ou une bouteille de vin lorsqu’on est invité. Mais l’essentiel n’est pas le cadeau dont la valeur marchande importe peu, c’est le discours qui l’accompagne. On retient la leçon, et on fera désormais attention à se courber pour offrir des fleurs, en les tenant des deux mains  comme un Japonais , et en prononçant des mots bien choisis comme un Néo-calédonien. En quittant nos hôtes, on fera attention à se courber en pliant les mains dans un geste de recueillement comme les Thaïlandais.

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 Notre découverte du jour : un mariage. 

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En cherchant la vanilleraie à HNathalo, on arrive dans le village peu après la sortie de l’église des mariés. Ils sont tous réunis sous un préau pour la coutume, au moins 200 personnes. Les femmes dans leur robe ´missionnaire’, robe ample aux couleurs vives dont la coupe unique est héritée des premiers missionnaires qui ont fait le design de cette mode. 

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 Les mariés sont assis sur un banc, entourés des parents et témoins. Défilent l’un après l’autre les anciens qui leur offrent un speech, igname à la main. Ça sent un peu le « Faites ce que je dis, faites pas ce que j’ai fait », les paroles sont prononcées avec force et applaudies lorsqu’elles sont pertinentes et parlent à la foule. Tout le monde n’assiste pas à la scène, des groupes se forment dans la cour, comme à l’école. Hommes et femmes sont séparés, les sujets de discussion ne sont pas les mêmes. Une cuisine de camp scout est installée avec des dizaines de feux et gamelles, ça crépite. On quitte tout ce monde avant le repas, on croise sur la route des plus jeunes qui ont préféré se réunir à l’écart, signe avant gardiste d’une autre génération ?

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Ce soir, accueil en tribu chez Ferapaza, un ancien légionnaire kanak qui a fait la guerre du golf. Il a défendu les couleurs de la France dans ses interventions à travers le monde, et revenu sur sa terre natale, il se sent profondément kanak. Les élections approchent.  Indépendance ? Une soirée touchante, chargée d’émotions, à elle seule elle récompense notre longue traversée et justifie notre choix d’accueil en tribu kanak. A suivre...

 

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05 mai 2019

Dimanche 5 Mai - Ile de Lifou

Des rêves perturbés par un tsunami imaginaire, Evelyne se réveille dans une grande vague, et une envie irrésistible de faire un bricolage en s’inspirant de la Vague de Okusai. 

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Hier encore...

On a pu faire plus longuement connaissance avec Hélène hier soir, en attendant le groupe de travailleurs du chantier Hilton, ils prenaient tout leur temps à côté pour l’apéro. L´équipe commençait à se souder, on entendait leurs gros rires, et Hélène piaffait d’impatience, « ici l’heure c’est l’heure ». D’apparence assez revêche - Il ne faut surtout pas la déranger quand elle est en cuisine - on découvre une Hélène sensible qui se livre. Son petit fils Francis, 12 ans, est venu lui donner un coup de main, sans que personne ne le lui demande, il a eu envie d’aider sa grand mère, il a compris le respect, éducation réussie.

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Dans les propos, ce sont les valeurs habituelles qui reviennent, religion - travail - coutume - respect, avec une fierté non dissimulée :

« Demain dimanche, jour du Seigneur, on ne travaille pas ».

« Notre origine n’est pas importante, on est tous pareil. On a chez nous une femme blanche qui a épousé un jeune de la tribu. Je lui ai dit de ne pas rester les bras croisés et de participer au travail, elle a tout de suite compris, elle est venue avec nous dans les champs, elle s’est complètement intégrée».

« La culture de l’igname, c’est difficile, mais on doit offrir l’igname jeune au grand chef pour la fête de l’igname, c’est notre coutume. Après, l’igname est pour nous, et je vous ai préparé un repas traditionnel avec igname et patate douce ».

 La vie semble tranquille sur les îles, et pourtant, les soucis existent. Chaque année, une tribu invite toutes les autres tribus pour une grande fête religieuse, la Convention, et chaque famille doit loger une tribu au complet. Pour la tribu d’Hélène, les Mou, ce sera en 2021, elle y pense déjà, il va falloir ajouter des sanitaires, des cases... et du souci. Elle est attachante, Hélène, même si Jeannette, la gardienne de notre prochain gîte, nous accueille d’un air dubitatif  « Vous étiez chez Hélène ..... et ... ça s’est bien passé ??? »

Dernière anecdote mémorable d’hier : sur la route de retour de Douéoulou, on prend un jeune d’une trentaine d’années en stop, il va vers Wé. Le clan de sa famille est propriétaire des terres que l’on traverse « Ils sont à Nouméa, mais  ils vont revenir habiter ici, il y a deux familles à gauche, et deux à droite. » , on pense qu’il parle politique puisque les élections approchent et je m’apprête à poser la question, mais on comprend tout d’un coup qu’il parle de la gauche et la droite de la route. Oups ! On passe devant un genre de mémorial aux couleurs de scoubidous - on reviendra le prendre en photo après avoir déposé notre voyageur, sans dépasser l’enceinte, il faut du respect, le lieu nous semble sacré. « Mes ancêtres habitent là. Ils étaient cannibales, c’est l’Evangile qui a tout changé. Ils taillaient des branches et faisaient des flèches pour s’entre-tuer. Aujourd’hui, On a des ballons pour se distraire, on a arrêté de se tuer, c’est l’Evangile ». 

Des propos qui font sourire, le changement de culture est encore tellement récent que les mêmes propos reviennent comme une rengaine dans toutes les conversations. Ils ont quand même fait un sacré travail, ces missionnaires ! 

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 Et aujourd’hui...

La vague de la nuit est un appel à la baignade, notre piscine naturelle de plusieurs millions de km2 nous attend, une bonne façon de démarrer la journée. C’est un peu comme si on partait à vélo, ça devient un geste normal, naturel.

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En quittant notre tribu, on jette un coup d’œil rapide au chantier du Hilton, nos photos prendront peut être de la valeur dans 2 ans. Le gars de Toulouse voulait nous organiser la visite, pour nous éviter de passer à un endroit tabou interdit par rapport à certaines croyances. En son absence, on est très attentif à ne pas sortir des traces laissées par les premiers bulldozers, mais on a du mal à deviner l’endroit tabou interdit. Avec un questionnement : comment feront-ils  pour maintenir l’interdiction au milieu de ce futur complexe ?

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On arrive à Wé chez Jeannette. En se présentant à elle, on fait référence à nos amis du tour du monde par la droite qui ont séjourné ici, elle sourit, c’est gagné. Mais on ne veut pas la déranger plus longtemps, c’est dimanche, elle est en famille, c’est important la famille. Quelques minutes plus tard, on voit un enfant de 18 mois seul sur le chemin, une fourchette à la main, il passe sous la chaîne pour descendre sur la plage. Aie aie aie... Les enfants vivent en toute liberté ici, mais quand même... J’hésite, je retourne prévenir Jeannette, on marque un bon point car tout le monde se précipite pour récupérer le petit.

On poursuit la ballade sur la plage, sable blanc, mer bleue, grand vent, quelques planches à voile à fond au large. On aime et on commence à s’habituer.

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04 mai 2019

Samedi 4 Mai - Ile de Lifou

 On loge dans une case chez Hélène, de la tribu de Mou au Sud de l’île. Une zone dévastée par un tsunami en 1875, la photo-souvenir du mémorial n’est pas sans rappeller le tableau de la Vague de Okusaï. Une nuit bercée par le grondement des vagues qui roulent  toute la nuit derrière notre oreiller, et par le vent violent qui a chassé tous les moustiques.

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La soirée d’hier

Repas du soir hier pris en commun avec les 10 personnes qui démarrent le nouveau chantier de construction du Hilton à la baie de Wadra en bord mer, tribu de Mou. L’équipe vient de se constituer, ils ont reçu la barge de 1 milliers de tonnes de matériel et s’apprêtent à passer 2 années à travailler ensemble. Ça me fait penser aux équipes qui se forment pour tourner un film, metteur en scène, assistants, scripte, ... Une équipe mixte kanaks, métros, caldoches, spécialisés dans le terrassement et le bois, ils font connaissance. Le chef est le plus âgé, il s’installe en bout de table et commence par un Benedicite respecté par toute l’équipe. L’hôtel comportera 50 bungalows, c’est le plus grand projet mené sur l’île, un 4 étoiles, peut être le 1er doigt dans l’engrenage...

Près de nous, un métro originaire de Toulouse , il a connu une Calédonienne pendant son service militaire en 2001, l’a épousée en France métropolitaine, mais ils ont décidé il y a quelques mois de s’établir à Nouméa avec leur fille de 7 ans. « Trop de violences en métropole, trop de risques de délinquance, trop de stress » nous explique t-il, « on est là sur terre pour un court passage, il faut en profiter ».

Un terrassier originaire de l’île de Maré nous rejoint, tout content de nous entendre parler son île. Il vit à Nouméa et nous explique « À Maré, les gens ne cherchent pas à évoluer, c’est ce qu’on leur apprend tout petit. Ils vivent à fond dans la tradition, le respect, l’église, ils se nourrissent de leur jardin et de la pêche. Il n’y a pas de délinquance, car la délinquance vient avec le progrès et le développement. J’ai choisi de vivre à Nouméa où on se développe, mais j’ai besoin de retourner régulièrement à Maré pour me ressourcer, retrouver le respect, regarder les gens dans les yeux. »

Sur la table, un morceau de bois de santal, et un pot rempli de petits grains. Du sel ?Evelyne, qui aime les grandes découvertes, ouvre le pot et fait mine d’assaisonner son assiette de spaghettis, sous les regards hilares de nos voisins qui interviennent à temps pour couper son élan. « Stop, c’est de la sciure de santal, c’est juste pour l’odeur». 

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 La journée 

Baignade rapide à la plage de notre tribu, on part visiter le sud de l’île, une centaine de kms de route, mer et forêts. Des panneaux touristiques en disent long sur Évangélisme et Cannibalisme...

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En garant la voiture là où la route s’arrête, Pierre et Jonathan, père et fils, viennent à notre rencontre pour nous faire visiter leur tribu Enefeji. On a compris que pour continuer à pied vers les falaises qui bordent la mer, il faut lui demander l’autorisation et sortir un petit billet de la poche. Jonathan prend sa grande canne pour faire tomber les noix de coco, un couple de touristes se joint à nous et on se met au régime coco. Jonathan nous apprend à râper le fruit en petits morceaux délicieux en apéritif, « tu peux mélanger avec du rhum, c’est parfait». Plusieurs familles vivent tout autour de nous, aucune haie pour séparer les propriétés, « ici, les enfants vivent en liberté et on se respecte ». Toujours les mêmes propos sur le respect, ancré dans le discours de chacun.

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On poursuit à pied vers les falaises, en empruntant un petit sentier, à travers une végétation tropicale, pour déboucher sur une crique où les vagues  tapent fort dans la falaise. Un spectacle qu’on observe un bon moment pour ses éclats et ses couleurs.

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La suite est anecdotique. On prend en stop quelqu’un qui marche à pied en sens inverse de notre direction - on a ralenti seulement pour le saluer - , il veut absolument monter dans la voiture. Dialogue, c’est lui qui commence :

« Je vais vous emmener voir les falaises »

« Merci, on en vient »

« Je vous emmène quand même, je suis guide touristique »

« On en vient, on ne va pas y retourner. On va à Douéoulou »

« Je peux vous faire visiter Douéoulou »

« Mais on ne va pas y aller directement ».

Il monte en force à l’arrière de l’auto.

« On vous emmène où ? »

Réponse du tac-Au-tac.

« A Douéoulou ».

« ???? »

La suite ne manque pas d’intérêt. Il nous avoue avoir une maladie mentale, vivre avec les 150,000 CFP (1,300 euros) que la poste lui verse chaque mois, votera contre les partis indépendantistes car « si on devient indépendant, il faudra travailler ». On passe devant une chefferie « pour voir le chef, il faut offrir un manou avec un billet de 1000 , c’est notre coutume». Le rôle du chef ? « C’est lui qui organise chaque année la fête de l’igname, c’est notre coutume, on fait ensuite des bougnas avec du poisson, tout est gratuit ». Il nous confirme que les gens de l’île vivent de leurs cultures, mais comme on n’a vu aucun jardin, on se pose des questions. « Les jardins sont cachés dans la forêt, là où la terre est riche ».

Et tout d’un coup, à la traversée d’un petit village (un village, ce sont quelques maisons dispersées à 50 mètres de la route, sans aucune séparation, et un temple), il aperçoit des gens qu’il connaît sans doute, et crie « STOP, je descends là ». On est à 20 kms de Douéoulou, tant pis, on fera la visite seuls.

 On trouve sans problème la plage de Douéoulou, près du temple. Sable blanc, mer bleue, et nous et nous et nous.

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03 mai 2019

Vendredi 3 Mai - Ile de Lifou

On fait connaissance rapide hier soir de Xavier, Laure et leur petite fille Élise 3 mois, ils vivent depuis 8 ans sur un bateau amarré à Nouméa. Et pour la 1ère fois, ils l’ont sorti du port pour venir à Maré. C’est la vie des îles, espace d’original de liberté ouvert à l’originalité.

Evelyne est triste ce matin parce que le pacte passé avec son prof de décor de théâtre Spiridon Ganea a été rompu, il a avancé son voyage vers les étoiles de Mars. Il reste le bleu Ganea qui nous régale, les ombrrres et les lumièrrres à tout jamais. Respect.

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Le monde est petit. Les sculptures en bois qui décorent l’espace de vie de Nath et Noël ont un point commun avec la flamme qu’Evelyne a achetée au sculpteur Émile. Et c’est bien normal, puisqu’elles viennent de la même personne, qui s’avère être le cousin de Nathalie. Les Roh et les Kaewatin sont unis pour la vie.

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Un jour spécial aujourd’hui : ce matin, le petit Jeff s’est paré d’une belle robe pour aller chanter au centre de loisirs à l’occasion de la commémoration de la mort des deux leaders indépendantistes. Les journaux commentent :

Mort de Tjibaou et Yeiwéné: Hienghène et Maré s'apprêtent à commémorer 

Le 4 mai 1989, le leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et son bras droit Yeiwéné Yeiwéné étaient assassinés à Ouvéa, à l’issue de la levée de deuil des dix-neuf morts de la grotte. 

Trente ans après, un temps de commémorations s'ouvre, à Hienghène, Maré et Ouvéa. Elles commencent ce soir à Maré, où le comité du souvenir du 4 mai 1989 les préparent depuis un an. Pour la famille et les Si Nengone, c’est l’occasion de faire le bilan de ce qui reste du combat de «Yéyé».

Au moment de quitter Nathalie et Noël, un guide vient chercher un couple de notre âge pour un tour de l’ile, qui va se terminer par un repas qui s’improvise sous nos yeux : un p’tit coup de téléphone, il en sort une salade d’avocats, suivie d’un coq au vin et un gâteau, « et avec ça vous prendrez bien un peu de vin ? »... on les envie et on les plaint à la fois, après avoir passé 11 mois à prendre un café et quelques cookies comme repas de midi, on s’interroge sur toutes les occasions ratées.

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Adieu la tribu Kaewatin, Adieu Maré, Bonjour Lifou.

Aux manettes de notre petit coucou 20 places d’Air Loyauté, une commandante de bord.

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Lifou fait penser à Maré, les mêmes forêts, mais les clairières sont plus grandes, plus transparentes, les maisons plus colorées. On a l’impression que Lifou a quelques années d’avance sur Maré. L’île nous offre peut être l’anecdote du voyage : on prend en stop 3 jeunes qui se font passer pour des Philippe et Jacques - c’est aujourd’hui leur fête - la trentaine, un peu hirsutes, sourire d’argent, je leur explique notre voyage. Leurs yeux font de grands ronds dans le rétroviseur quand ils font le décompte des 10 pays parcourus. Je leur explique qu’on a 140 ans à 2, et celui du milieu s’approche, regarde Evelyne assise à la droite et lance « et la mamie? ». Il a sans doute calculé que j’avais 40 ans et Evelyne 100. La mamie saute alors de son piédestal et explose, elle explique que ses jambes ont encore 20 ans et que l'idée vient de la mamie et que la mamie n’a pas mis pied à terre et que..... Ils n’en reviennent pas, je crois que dans leur culture macho, c’est impensable qu’une femme ait le droit et la capacité de se lancer dans un tel projet.

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Au village, on rencontre Auguste qui nous tient en haleine pendant une heure. Auguste est responsable catéchèse de l’église catholique de Notre Dame de l’Assomption de Douéoulou, à l’Ouest de l’ile. Il nous parle d’abord d’œcuménisme, dont il est un acteur important sur l’ile, puis vient le tour des valeurs transmises par les ancêtres. Valeur de la famille, du clan, respect des règles et des traditions. Chaque année est marquée par deux rassemblements importants : à l’occasion de la Pentecôte, et pour la fête de l’igname. Il nous parle longuement de cette fête, qui en est le symbole le plus fort, le sommet de tous les rassemblements. Il nous explique comment chaque personne suit chaque année la même route pour se rendre au point de rassemblement, la chefferie, passant de tribu en tribu, en suivant son ´chemin coutumier’. Chacun amène sa part de ce légume symbolique préalablement béni, qui est regroupé et partagé à la chefferie sous la forme d’un plat, le bougna. On retrouve les mêmes propos que ceux de Noël, Émile, Charles... ils se sont passés le mot ?

Jessica nous rejoint pour la photo, elle a des yeux et un sourire éclatants, dommage elle ferme les yeux. On en garde le souvenir dans la tête.

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