365 jours sans jour sans

23 octobre 2018

Mardi 23 Octobre - Daegu : km 8,274

On part ce matin à la recherche du bandit masqué. Ça fait une dizaine de jours que l’on roule en Corée, et on rencontre fréquemment des gens porteurs d’un masque. En tout cas tous les cyclistes que l’on croise en sont équipés, comme si on roulait en plein hiver par -5°. Pollution ? Maladie ? ou bandits masqués ? Même les mini golfeurs ont été contaminés, ce doit être un sport aussi difficile que la bicyclette.

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La région de Daegu est riche en rivières et en pistes cyclables. On en arrive à découvrir notre première piste cyclable interdite aux cyclistes. Au début je n’y crois pas, mais à regarder les regards sévères des passants que l’on croise, on abandonne la partie et on remonte sur les trottoirs.

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A Daegu pour le café de midi, on prend notre temps, et on limite notre visite de la ville à un seul parc à proximité de notre Guest House : le Gukchae-Bosang Memorial Park. Il a son histoire, bien expliquée en anglais sur la plaque commémorative : 1907, le Corée croule sous le poids des dettes à son voisin Japonais installé en colonisateur depuis 2 ans.  Soucieux d’aider son pays à reprendre sa souveraineté nationale, un chef d’entreprise du nom de Seo Sang-Don lance un mouvement de remboursement de la dette. Il est immédiatement suivi par le gouvernement, et le peuple supporte complètement l’initiative. Chaque ménage, individu, ou groupe fait chaque jour des économies - sur la nourriture, les cigarettes, les loisirs... - qu’il adresse à l’État pour lui permettre de rembourser cette maudite dette. Un groupe de 7 femmes lance même le mouvement féminin de remboursement de la dette, en vendant bijoux et objets personnels. Le mouvement s'étend dans tout le pays comme un incendie de forêt. Cela n’empêchera pas le voisin Japonais de poursuivre son occupation jusqu’en 1945. Mais il en restera une culture de solidarité nationale dont les Coréens sont très fiers.

Demain, visite de la ville, avec ses 2,5 millions d’habitants, c’est quand même la numéro 3 en Corée du Sud, derrière Séoul (15 millions) et Busan (4 millions).

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22 octobre 2018

Lundi 22 Octobre - Gyeongsan : km 8,248

Une étape ni belle ni pas belle, des nuages dans le ciel, un trajet qui n’attire pas spécialement l’oeil ...  Evelyne rend la nature plus sublime en récitant inlassablement le premier quatrain du Dormeur du Val  « C’est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons d’argent; où le soleil, de la montagne fière, luit : c’est un petit val qui mousse de rayons ».

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Heureusement, dans la vie, il n’y a pas que Rimbaud, il y a aussi des bouddhas. Sur notre route, à proximité de Yeongcheon, le temple Manbulsa. Les statues y sont tellement nombreuses qu’on l’appelle le temple aux 10,000 bouddhas. Dès l’entrée, on est mis dans le bain, avec un alignement parfait qui me rappelle mon prof de gym, et sa façon de commencer ses cours en nous faisant marcher en file indienne et en criant « Je ne veux plus voir qu’une seule tête ».

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Au delà des trous de verdure évoqués par Arthur Rimbaud, on retrouve nos tumuli, mais cette fois, ce n’est plus le grand parc des tombes royales. On est en pleine campagne, en bordure de la route, des bosses de toutes les tailles, un sacré patrimoine à ciel ouvert, on ne s’en lasse pas.

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Pour nos vélo, c’est super, avec une grande partie de la journée sur piste cyclable le long de la rivière, un avant goût de ce qui nous attend sur les 400 prochains kms qui nous séparent de Séoul. 

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21 octobre 2018

Dimanche 21 Octobre - Gyeongju - km 8,171

Quel réveil ! En direct sur YouTube, 2h30 heure locale, l'arrivée de Juliette et de son copain Belge à la Diagonale des Fous, sous le regard attendri de Vinz et Marius. 52h30 tout compris pour parcourir près de 170 kms avec 9500 mètres de dénivelé, chapeau Juliette, tu nous as fait vibrer, on sait que tu as tout donné, avec le sourire en prime à l'arrivée. 

Pour nous, c'est une journée touristique de visite de Gyeongju, la vieille capitale de l'époque Silla. On était un peu déçu hier soir de découvrir une ville triste, des ruelles sans âme... et on revoit notre copie aujourd'hui en faisant le tour du vrai Gyeongju, celui qui habritait les rois de Silla. Ils dorment maintenant sous les tumuli qui leur ont été dressé, et c'est dans ces immenses parcs qu'il faut aller se balader, un genre d'envers de Verdun.

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Promenade du dimanche pour les nombreux Coréens qui profitent de ces espaces géants de verdure et de fossiles de leur civilisation. On passe inaperçu au milieu de la foule, tant les gens sont occupés à se faire des selfies, et il y a de quoi : tumulus à gogo, ponts, palais, observatoire astronomique construit au 7ème siècle (le Cheomseongdae),  on a même accès à l'intérieur d'un tumulus avec explications sur l'organisation des chambres funéraires. Très peu de tumuli ont été excavés, pour les autres on en reste au stade des suppositions.

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Repas de midi pris dans un restaurant typiquement Coréen - on profite d'une journée sans vélo pour tester la gastronomie locale - une bonne quinzaine de petits plats sont étalés sous nos yeux. C'est léger, épicé, des goûts auxquels on n'est pas habitué et qu'on a du mal à juger, mais on touche ça tout. L'exploit, c'est notre position autour de la table : table basse, on déjeune assis par terre. 

Une journée cool, après les émotions que nous a fait vivre Juliette, il fallait bien ça. Demain on repart, direction Seoul.

Au musée national, on retient l'anecdote de la tuile 'the Smile of Silla' : Elle a été déterrée au moment de la colonisation Japonaise, et vendue au docteur Japonais Toshinobu Tanaka dans un magasin d'antiquités à Gyeongju. Mais en 1972, le directeur du musée national de Gyeongju réussit à convaincre le monsieur Japonais de restituer le bien. La tuile, faite à la main, a été reconnue depuis comme un trésor culturel national. On l'a vue dans sa vitrine, elle nous a souri. 

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20 octobre 2018

Samedi 20 Octobre - Gyeongju : km 8,156

Allez Juliette !!!

On fait la route aujourd'hui avec Juliette qui en est à son 2ème jour du trail de la Diagonale des Fous à la Réunion. Quand on est arrivé vers 15 heures au bout de notre toute petite journée, elle avait déjà 35 heures de course dans les jambes, arrivait au km 115 au sommet de la dernière grosse montée, après 7600 mètres de dénivelé positif... il n'en restait plus que 51 Kms, 1400 mètres à monter et 3400 mètres à descendre. On est une cinquantaine de supporters à échanger WhatsApp textes images et videos, on la porte, mais c’est elle qui court ! On se sent près d’elle et de ses accompagnateurs sur le terrain, on est loin de ce type d’effort d’endurance extrème, près de ses émotions, loin des paysages volcaniques qu’elle traverse, dans une compréhension totale du grain de folie qui l’a conduite au départ, c’est peut être un point commun qui nous lie.

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Pour nous, c’est une journée vraiment cool. De belles couleurs d’automne, on emprunte une vraie piste cyclable le long de la rivière pour se rendre au village de Yangdong, un des rares villages de l’époque du 15ème siècle à avoir été conservé dans son état, avec ses 150 maisons, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Un village qui a sa petite histoire... La Corée a vécu une période relativement stable lorsqu’elle fut gouvernée par la dynastie Joseon, suite à la phase de domination Mongole. Cette période s'étala sur 5 siècles, de 1382 à 1910, date de colonisation par le Japon. Dans ce village, s'installèrent dès 1433 le clans So, puis un peu plus tard le clan Yi quand un petit Yi épousa une petite So. De cette union, naquit Yi Eon-jeok (1491 - 1553), un personnage qui a beaucoup contribué à introduire le confucianisme, avec son nouveau système de valeurs. Outre les habitations, le village comporte des écoles destinées à l'enseignement du confucianisme, et des lieux d'échanges culturels - lectures, discussions, relaxation -  où les pièces pour hommes et femmes sont bien séparées. On apprend que le confucianisme n'était pas tendre avec la femme... Evelyne n'aime pas.

Ambiance de kermesse, c'est jour de remise des prix de la société de callygraphie, les tables et les tréteaux sont installés pour un repas auquel nous sommes gentiment invités. Je commets une grosse bourde en remerciant nos hôtes d'un 'Arigatogo' bien Japonais, et on révise notre lexique pour la prochaine fois.

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Et puis cap sur Gyeongju, ça fait une semaine qu'on tourne autour. La ville comporte 250,000 habitants, alors qu'elle en avait plus de 1 million à l'époque où c'était la capitale du royaume de Silla. On passe en quelques kms d'un paysage de rivières et rizières à des zones urbaines de logement intensif, contrastes ville et campagne...  On va rester 2 nuits pour prendre le temps de la visiter tranquillement demain.

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19 octobre 2018

Vendredi 19 Octobre - Pohang : km 8,113

La route de la côte du Pacifique est vraiment trop belle, on s’en fait une étape der des ders pour de vrai aujourd’hui. En montant jusqu’au cap Homigot, le plus à l’Est de la Corée du Sud. Avec un vent pas possible, une mer démontée, mais à la chance de le faire dans le bon sens, vent de face à l’aller, dans l’dos en fin de journée. Une ballade qui ne peut se faire qu’à vélo. A pied, ce serait trop long. En voiture, difficile de passer comme on peut le faire au milieu des baraques de pêcheurs, grimper les raidillons étroits à 15%, ou circuler sur les quais où règne une atmosphère qu’il faut avoir le temps de capter et capturer. 

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On traverse plusieurs ports industriels, on est impressionné par l’activité débordante : on ne compte pas les bateaux de pêche - plus d’une centaine - tous les mêmes, équipés de phares puissants pour les sorties nocturnes. Et en ´back office’, c’est les temps modernes de l’industrialisation, depuis la mise sous pli du poisson jusqu’à l’expédition. C’est l’époque du grand séchage : le poisson sur les étalages, le riz sur son tapis, les seiches séchent (pléonasme ?) sur les fils d’étendage.

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A l’approche du cap, là où la piste cyclable est remplacée par une structure en bois superbe - malgré les marches d’escaliers qui nous posent quand même quelques problèmes - on a la surprise de croiser Loma, une jeune française de Bordeaux, partie pour faire le tour de la Corée, Japon et Taiwan avant d’aller s’installer au Canada. C’est la première voyageuse qu’on rencontre depuis bientôt 2 mois. Elle nous explique ses 3 défis avec un sourire qui laisse apparaître de jolis piercings : voyager seule, avec des tatouages, et un vélo à pignons fixes (c’est à dire pas de changement de vitesse, les mêmes développements pour la montée et pour la descente). « C’est moins lourd, et ça réduit les risques d’ennui mécanique» nous dit elle sans nous convaincre. Courage Loma ´qui campe tous les soirs, parfois dans les toilettes quand le vent est trop fort’, c’est dommage que nos routes n’aillent pas dans la même direction, on aurait pu passer une soirée à échanger plus longuement nos impressions sur nos projets qui sont complètement différents, et pas du même âge.

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Parmi les surprises du jour, la main qui nous attend au cap, elle est merveilleuse, et on se dit qu’on l’a bien méritée.

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Arrivée à Pohang qui semble très industrielle, gros complexe chimique (et quelques odeurs) à l’entrée de la ville. C’est l’heure de la sortie des usines, on se retrouve tout d’un coup nombreux sur nos bicyclettes, à méditer la belle devise inscrite en anglais au dessus de la porte de l’usine  : «  Les ressources sont limitées, la créativité ne l’est pas ».

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18 octobre 2018

Jeudi 18 Octobre - Najeong-ri : km 8,031

On est plein de bonnes intentions pour faire la route aujourd’hui jusqu’à Gyeongju, l’ancienne capitale, mais à mi-parcours, une fois passé le pont de la rivière Taehwa... Evelyne repère sur la carte un signe qui indique la tombe aquatique du Roi Munmu, et voilà qu’on change de cap pour reprendre la route vers l’océan, on ne peut pas rater ça. Un col de 200 mètres à passer dans la forêt d’automne,  une route de bord de mer avec toujours en alternance des vieux ports de pêche et des tours d’habitation, un vent vraiment pas favorable, une mer déchaînée chargée de chiens blancs, un mauvais tunnel infernal de 2,5 kms qui fait un bruit pas possible et nous donne l’impression d’avoir toujours un camion à nos trousses... et on y est.

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Un peu d’histoire ancienne... à l’époque où Jules César venait se quereller avec Vercingétorix, la Corée était composée de trois royaumes, Koguryo au nord, Paekche au sud-ouest et Silla au sud-est. Des siècles de conflits avec des phases d’alliances et de désalliances, des interventions Chinoises, Japonaises, Mongoles. Et puis... entre 661 et 681, le roi Munmu, 30ème grand roi de la Dynastie Silla, parvient à unifier les 3 royaumes. Gyeongju en devient la capitale, c’est notre prochain objectif. Le roi avait donné des instructions spécifiques pour être enterré dans la Mer de l’Est après sa mort, de telle sorte qu’il puisse devenir un dragon pour protéger Silla des intrus japonais. Ses cendres sont cachées sous le rocher, et il peut se réjouir car on fait un énorme détour pour aller voir ça, en apparence juste un rocher dans la mer, mais si on ne sait pas, on ne devine pas. 

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Une belle journée vélo, de bonnes pistes cyclables et petites routes, sauf dans les faubourgs de la grande ville Ulsan où on a encore compris qu’à vélo, il ne faut faire confiance à personne, pas même aux feux de signalisation. Ce qui me fait dire à un moment où ils exagèrent « ça leur ferait quand même du bien d’avoir un ministre de l’intérieur Japonais ».

Sur la relation entre Japon et Corée du Sud, il faut revenir sur l’histoire récente...

En 1910, le Japon annexe la Corée et entreprend une démarche de colonisation. Pas facile, le Coréen n’est pas aussi travailleur que le Japonais qui a des exigences de comportement et de travail... dur dur pour les Coréens, le Japonais est impitoyable. La Corée sert de réservoir humain pour combler les besoins du Japon, notamment au cours de la guerre du Pacifique où nombre de Coréens sont forcés à venir travailler au Japon, et nombre de Coréennes servent de force de ´femmes de réconfort’ aux soldats Japonais. On estime que 50000 Coréens sont morts à Hiroshima et Nagasaki.

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En août 1945, suite à la capitulation du Japon, la Corée est divisée en 2, le nord sous contrôle soviétique  et le sud sous contrôle américain. La guerre froide s’installe entre les 2 blocs, et la guerre éclate entre les deux Corées qui se battent de 1950 à 1953, jusqu’à ce qu’une frontière située au 38ème parallèle soit clairement établie. On en est toujours là.

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17 octobre 2018

Mercredi 17 Octobre - Jinha Beach : km 7,962

On a de la chance ce matin avec un grand ciel bleu et une toute petite route le long du littoral. Une côte chouette et sans prétention, on est hors saison, les plages sont désertes, les ports vides malgré la surabondance des marchands de poissons. Il faut en profiter, on va quitter le Pacifique, qu'on ne retrouvera pas avant la baie d'Halang au Vietnam. On fait tous les détours, toutes les criques, tous les petits ports de pêche, tous plus déglingués les uns que les autres. Quelques bâtiments récemment remis à neuf au look moderne, face aux vieux étalages de poissons où la concurrence est sévère. Ils feraient d’ailleurs mieux de s’entendre pour varier leur offre, monter d’autres commerces que des poissonneries... à notre goût, il manque des boulangeries. Les gens ont le visage marqué, de quoi s'interroger sur le vieux dicton "le travail c'est la santé". 

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Dans l’arrière pays, quelques villages de tours où sont concentrés les logements. 0E8B4DA3-EDDE-4566-8353-B7F0BCD8824A

Café de 11h pris avec 1 heure d’avance à 10h, c'est du luxe. C'est étrange comme la plupart des cafés sont des établissements chaleureux et moelleux, alors que les restaurants poissons, nombreux, ont une apparence miteuse de vieille gargote où on hésite à entrer, l'hygiène ne semble pas y être la qualité principale - mais peut-être on a pris trop de mauvaises habitudes. Hier soir, on hésitait entre tous ces restaurants poissons, et le critère qui l’a finalement emporté, c’est la hauteur de la table, souvent conçue pour les asiatiques souples assis en tailleur,  pas pratique pour les européens raides de la hanche. On a une exigence : manger assis sur une chaise !

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Une journée où on se sent toujours en vacances, au point de faire de nombreuses pauses et de s'arrêter pour de vrai avant 15 heures, dans un hôtel en bord de mer, vide aujourd’hui, on bénéficie de la plus jolie vue sur la mer au 7ème étage, à la réception des jeunes très accueillants qui vont jusqu’à nous accompagner au restaurant pour nous aider à passer la commande... qui dit mieux ?

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Retour en arrière sur nos premières impressions de la Corée. Le Coréen nous semble gai, rieur et crieur, inquisiteur, accueillant mais impatient et turbulent. On en a eu un premier aperçu sur le bateau, des familles ou des groupes jouant chantant dansant criant dans leurs compartiments, sans se soucier de leur entourage. Autre aperçu en circulant de nuit à la recherche de notre premier hôtel, où on a vite compris l’impatience des conducteurs et subi leurs règles de priorité. Chaque jour, on rencontre des gens surpris qui nous interpellent, s’intéressent à nous poser des questions, se demandent ce qu’on peut faire à notre âge avec nos têtes d’européens et des vélos chargés comme les nôtres. L´anglais n’est pas un problème pour communiquer, par contre on n’est pas à l’aise avec la mémorisation des noms, une articulation et une consonance que notre cerveau ne capte pas. On jonglait avec les moshi-moshi et Arigatogo au Japon, on a du mal prononcer le Annyeonghaseyo quand on croise quelqu’un, et pourtant on ressent l’importance de donner un signe de reconnaissance à ceux que l’on croise, une sorte de récompense. On fait de notre mieux.

En tout cas, le bilan de ces 5 jours en Corée est positif, pour nous et pour les vélos. Encore un bon point pour Sacha qui parraine au mieux la partie asiatique de notre trip.

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16 octobre 2018

Mardi 16 Octobre - Busan-Jukdo : km 7,916

Pas toujours facile de quitter l’hôtel lle matin...

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On prend goût à Busan ! A peine quelques kms après le départ, on se trouve devant la plus grande plage de Busan, Haeundae, la plus belle, elle affiche complet tout l’été. Stop obligatoire, au milieu des tours et des jeunes collégiennes venues courir dans le sable et se faire des selfies, on a envie de chanter « y’a d’la joie ».

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Et puis, plus moyen de sortir de ce quartier, on est pris comme des rats au milieu d’un tissu de routes qui convergent vers l’autoroute et le tunnel interdit aux cyclistes. Le GPS se croît plus malin, et nous amène droit dans un terrain militaire, le garde nous refuse l’entrée. On change de GPS, pour trouver une sortie par une colline qui grimpe à 15% et nous permet de contourner le tunnel, et arriver à Songjeong-dong, une nouvelle plage encore plus belle que la précédente. C’est le moment de rencontre avec Nam Souk - son nom contient les valeurs de générosité et bienveillance - elle habite le quartier de Haeundae où on s’est perdu, une grande chaleur dans l'échange, elle n’est pas bien grande on pourrait la mettre sur le porte bagages... sa fille a étudié les arts à Paris, Evelyne adore. Salut Nam Souk de Haeundae, nos routes divergent mais gardent un petit point commun.

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Et pour terminer la visite de Busan en beauté, la route nous mène au temple de HaedongYonggungsa, sans doute le plus beau temple de Corée, en tout cas le seul à se situer dans un cadre d’exception, au bord de l’eau. Des Bouddhas en or partout, de beaux tableaux racontant certainement un conte qu’on essaiera de déchiffrer les jours de pluie, des gens profondément recueillis, on est imprégné de bouddhisme.

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On atteint le km 30 quand on passe au petit port de Busan-Jodku, et c’est le coup de foudre. C’est vieux,  déglingué, pas touristique du tout du tout, et pourquoi ne pas s’arrêter ? Des poissonneries partout, poissons dans le vivier ou sur les cagettes, encore des quantités pas possible, et ce ne sont pas les invendus du marché Jagalchi de dimanche. On trouve un motel accueillant, préservatifs dans le cendrier, tapisseries évocatrices... sans doute un love hôtel, et on y est très bien, au 5ème étage face au port. Sans oublier les 3 poissons sortis du vivier et consommés tout crus, accompagnés de quelques sauces fortes et d’ail bien frais. Une belle nuit en perspective.

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15 octobre 2018

Lundi 15 Octobre - Busan : km 7,885

On va passer un jour de plus à Busan. Partis pour tourner un peu dans la ville avant de prendre la route pour Séoul, en direction de Dongnae. Les noms de lieux sont suivis d’un suffixe qui indique la situation administrative du lieu. Ainsi, Dongnae est un ´-gu’, c’est à dire un district. Il existe des ´-si’ (city), des ’-eup’ (town), des ´-myeon’ (township), des ´-dong’ (neighborhood), et même des ‘-tong’ (urban village). On tourne tellement bien qu'on se retrouve vers 14 heures dans le quartier animé près de la plage qu'on a vue hier. Décision d’y rester pour la nuit, le coin est chouette, c’est  ça les vacances !

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Busan n'échappe pas au sort des grandes villes : on traverse des quartiers complètement rénovés avec de grandes tours toutes identiques, différenciées par le numéro à 3 chiffres inscrit en gros caractères tout en haut de la tour. Et des quartiers plus animés avec leurs immenses marchés, ambiance de souks, tout croule sous la quantité dans un décor pas toujours attirant... mais des lieux que tout le monde recherche malgré tout pour y retrouver un peu de chaleur humaine.

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On passe au pied de Shinsegae, le plus grand magasin du monde (?). Une architecture majestueuse qui efface complètement les trois tours voisines banales du Trump world centum, dont la mise en valeur ne tient qu'aux reflets que lui offrent les baies vitrées de Shinsegae. Ah ah ah !

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Et on en profite pour changer nos plans. Ce serait dommage de rater le détour par l'ancienne capitale Gyeongju, elle se trouve à 100 kms au Nord Est, alors que notre destination est Nord Ouest. On décide de rater les 100 premiers kms de la longue piste cyclable qui traverse toute la Corée du Sud de Busan à Seoul, on la rattrapera vers Daegu. 

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Dimanche 14 Octobre - Busan : km 7,857

Bye bye Japon, Bonjour Corée ! On est arrivé peu après le coucher du soleil hier soir, juste le temps d’une première impression rapide qui se confirme aujourd’hui : ce n’est pas le même pays, ce ne sont pas les mêmes règles. D’abord, on roule à droite...et ça nous prend un peu de temps pour nous y faire. Et puis, pour la circulation, la règle de priorité a changé : ici, comme dans de nombreux pays, c’est le plus gros qui s’impose, et le klaxon sert à la fois d’avertissement et d’ultimatum. On a vite compris, on se vengera sur les piétons.

Busan ce sont plusieurs collines, et des villages qui sont venus se nicher à l’intérieur. A force de grandir, ils se sont collés les uns aux autres et ont formé la seconde ville de la Corée du Sud, près de 4 millions d’habitants. Un grand port maritime, avec un marché aux poissons comme on n’en a jamais vu : on a l’impression que la mer de Chine a été vidée dans la rue. Partout, ça grouille, c’est bruyant, on a la chance d’arriver en plein festival du poisson au marché de Jagalchi, il règne une atmosphère de vie turbulente comme on l’imagine à Istambul ou à Shanghai. 

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Parmi ces villages, Gamcheon : après la halte au marché aux poissons, c’est notre première visite, elle a un prix : on y accède par une côte de 1 km qui passe progressivement de 10 à 19% - record battu, mais c’est pas grave, on a laissé les bagages au garage. La récompense est au sommet, un dédale de petites ruelles reliées par des escaliers, vélo s’abstenir. Les habitations collées les unes contre les autres, en terrasses, et surtout... des couleurs partout, avec un bleu dominant qui fait penser à la Grèce. Et tout en haut en haut, une terrasse devant laquelle les gens font la queue, pour une photo avec le Petit Prince et son renard. On croit rêver. Il parait que les locaux surnomment ce village le Machu Picchu de Busan … À vérifier avec nos amis qui font le tour du monde à l’envers et seront bientôt au Pérou. Coup de coeur.

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Second coup de coeur : le passage à table. La descente du quartier Gamcheon nous ramène au marché aux poissons, c’est tout plein de petits bars sombres où se consomme une infime partie de la pêche du jour. Notre problème : où mettre les vélos ? Jusqu’au moment où une poissonnière lit nos pensées, nous colle les vélos devant ses casseroles où cuisent la soupe et les légumes, et le temps de sortir la clé du cadenas, notre table est déjà installée et le repas servi. Unique. Et bon.

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Dernière visite de la journée : la plage de Gwangalli, un genre de Copacabana, qu’on aborde peu avant le coucher du soleil. Quartier propre, branché, au pied des belles tours toutes neuves, avec ses bars et night-clubs face à la plage et au grand pont Gwangan Bridge qui relie sur 7 kms deux parties de la ville.

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C’est pas mal pour aujourd’hui, on sent qu’il y a tout plein à découvrir sur ce pays dont on ne connaît pas grand chose. On a 1 mois, cool !

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13 octobre 2018

Samedi 13 Octobre - Busan : km 7,817

Bye bye Japon, un sacré chemin parcouru entre le moment de nos errances à l’arrivée à Narita et l’insouciance dans laquelle on baigne après un mois et demi de traversée. En pensant à la variété des lieux parcourus, on a l’impression d’avoir ouvert une belle route, en tout cas c’est devenu notre route : Tokyo et son animation de super mégapole, le Mont Fuji, son esprit et ses cinq lacs, la route cyclable du Pacifique de Shizuoka à Irako, Ise et ses fervents pèlerins, Kyoto pris entre la merveille de son sanctuaire Fushimi et la belle animation de son quartier de Gion, Nara la très ancienne capitale et son Bouddha géant, Koyasan et ses monastères et cimetières, la côte nord de Shikoku et ses restaurants fruits de mer, l’île de Naoshima avec la lumière de ses musées, Okayama avec son jardin Japonais et son château qui referme le puzzle d’un morceau d’histoire du Japon, les îles et les ponts de la mer de Seto, Hiroshima et le silence qu’il inspire, Shimonoseki avec son détroit qui ouvre la porte à la Chine, Shanghai presque à portée de vue...Un  itinéraire où on est parfois tombé dans le piège de la montagne trop raide (les 6 kms à 14-18% de l’approche vers le Fuji), ou de l’interminable zone urbaine (la sortie de Tokyo jusqu’à Yokohama), mais en général dans un bon équilibre tourisme - vélo. Et à travers ces sites d’exception, on retient les gens et leur mode de vie, la gentillesse et la courtoisie des personnes rencontrées, l’extrême propreté qui couvre tous les domaines, de l’alimentation à la tenue des bâtiments, de la toilette aux toilettes. Bien sûr tout n’est pas parfait, la rigueur frise parfois la rigidité, il faut sans doute être Japonais pour vivre au Japon. Savoir par exemple s’habituer aux masques anti pollution, pas toujours facile face à des interlocuteurs auxquels on doit s’adresser et dont on ne comprend que pouic. La règle de base est le respect, tant que la règle est respectée, pas de source de conflit.... si ce n’est avec soi même, à force de se retenir pour respecter la règle ! Source de stress ! mais yoga, arts martiaux, apprentissage du contrôle de soi sont là pour palier aux faiblesses de l’être.

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Et si c’était à refaire ? Comme au Canada, on ne changerait rien. Sauf peut être la montée à 18%.

Merci à Sacha et Yoko pour vos précieux conseils, et à Kennichi et Tomomi pour l’accueil chaleureux qui nous a ouvert ce grand espace.

Et à propos de nos vélos...

Après 7800 kms de route, on a largement passé le stade du vélo-jouet, on ne dit plus  « je m’en vais faire du vélo », on fait simplement du vélo, sans le dire, sans se poser la question, pour se déplacer, voyager, avancer. Le vélo est en nous, le vélo est nous. J’ai envie de dire « Vive le vélo, son cadre surtout s’il est en acier, ses deux roues et ses rayons lumineux, sa chaîne luisante et ses engrenages, son porte bagages qui cache notre maison ambulante, ses patins de frein, sa sonnette et son garde boue en polystyrène, ses lumières qui guident notre chemin. Et vivent nos mollets qui lui collent à la peau, notre esprit qui s’évade et vagabonde, de place en place, de pays en pays». Qu’est ce que c’est  beau, un vélo !

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Louison nous a envoyé un plaidoyer pour la défense de notre planète, c’est poétique et ça parle bien sûr de vélo, à condition d’écouter jusqu’au bout. Irrésistible.

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Jacques Gamblin au Parlement des écrivains

 

Et bonjour Korea, on arrive !!!

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12 octobre 2018

Vendredi 12 Octobre - Fukuoka : km 7,807

Journée repos à Fukuoka, 7ème ville du Japon, classée juste devant Kyoto. On était déçu de notre arrivée hier en pleines zones maritimes et industrielles, au milieu du trafic et des échangeurs. Ce n'est pas du tout la même ville qu'on découvre aujourd'hui en parcourant une dizaine de kms entre la gare centrale et le parc du château, un centre ville moderne, des bâtiments flambant neufs, des galeries marchandes  agréables à bader, même si elles sont sans intérêt pour nous qui n’avons rien à acheter.

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La construction du château date du début de la période d’Edo. Le daimyo Nagamasa Kuroda, qui avait eu la chance de choisir le bon camp de leyasu Tokugawa au moment de la bataille décisive de Sekigahara, se vit récompensé de ses efforts par l’attribution du domaine de Fukuoka. Le château est aujourd’hui en ruine, peut être a t-il été brûlé avec la restauration Meiji peu après 1868...époque où le Canadian Pacific posait ses rails vers Winnipeg puis en Saskatchewan... On n’avait pas les mêmes préoccupations des deux côtés du Pacifique.

On passe un bon moment dans le parc autour du château, lieu de rêverie, jogging, les jeunes couples viennent avec photographes faire la photo pour le piano, un bar chaleureux... si j’habitais Fukuoka, je viendrais ici prendre mon café presque chaque matin.

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Et puis... flânerie, c’est jour de congé, nos derniers moments au Japon, on veut les garder bons. L’automne s’en vient doucement,  on est toujours en manches courtes, mais on a rajouté une couche aujourd’hui. Prochaine étape : la Corée du Sud, où on s’attend à un léger refroidissement puisqu´on remonte vers le nord. En avance sur notre plan de route, on a largement le temps de rouler jusqu’à Séoul où on se posera jusqu’au 15 novembre, date de validité de nos visas pour le Vietnam. De bons moments de vacances en perspective.

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11 octobre 2018

Jeudi 11 Octobre - Fukuoka : km 7,787

Deux raisons pour faire étape à Fukuoka : c'est notre port d'embarquement pour la Corée du Sud, destination Pusan. Et c'est une des villes retenues pour l'organisation de la coupe du monde de rugby l'an prochain. Le match France - Etats Unis s'y déroulera le 2 octobre, dans un stade pouvant contenir 22000 personnes. Affaire à suivre...

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Départ au son du cochon : le camion que l'on double dans le centre de Kitakyushu dégage bruit et odeur inhabituels qui me font penser à une vieille plaisanterie que Bernard aime nous offrir en début de repas "A la campagne, quand on tue l'cochon, tout le monde rigole... Sauf le cochon".

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Une journée difficile pour les vélos qui font face à circulation et trottoirs. On ne s'en sort pas trop mal en trouvant quelques chemins de diversion qui nous font grimper des côtes, c'est notre dernière étape Japonaise, on fait l'effort. L'arrivée sur Fukuoka est impressionnane de ponts et échangeurs, plusieurs étages qui se croisent et s'entrecroisent, mais toujours une petite place quelque part pour les vélos. 

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Après détour par le port pour réserver le bateau pour samedi, on trouve un hôtel de même style qu'hier, entre hôtel et auberge de jeunesse, tenu par des jeunes, tous parlent anglais. Et avec nous ce soir : 2 suisses, 1 hollandais, 1 russe. Et quelques chinois et japonais. À vérifier au breakfast de 7 à 9.

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Repas du soir pris dans un bar où le saké a pris le dessus sur un groupe de collègues qui se lâchent. Un contrat signé ? On pense immédiatement à Jérémy, il doit se souvenir...

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10 octobre 2018

Mercredi 10 Octobre - Kitakyushu : km 7,713

La pluie quasiment absente au rendez du jour, on prend notre temps et on trouve entre Ube et Shimonoseki un ensemble de petites routes le long de la mer, une vraie étape vélo qui nous amène au nord du détroit séparant Honshu de Kyūshū. On est surpris par le faible trafic en mer, Evelyne s'attendait au Bosphore où elle avait touché l'Asie il y a 47 ans.

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Arrivée à Shimonoseki, connu au Japon pour une bataille historique qui a opposé au 12ème siècle le clan des Heije à celui des Genji. L'enjeu : le pouvoir, ah ah ah ! Les Heije ont perdu, de honte les puissants samouraïs se sont jetés à l'eau (ils auraient pu aussi se faire seppuku). Ces samouraïs portaient des masques féroces, et les crabes qui les attendaient au fond de l'eau se sont régalés, jusqu'à présenter dans leur carapace un motif de visage de samouraï.

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La légende dit que les crabes Heikegani ne sont autres que la réincarnation de ces samouraïs. D'ailleurs, lorsqu'ils sont pris on les remet à l'eau, on ne va quand même pas se mettre à manger du samouraï au 2ème siècle !  À noter que lors de cette bataille, Antoku, le fils de 7 ans de l'empereur a lui aussi accompagné les samouraïs au fond de l'eau, pour éviter d'être pris par l'ennemi. Cette bataille a été finalement à l'origine de la première dictature militaire (shogunat), qui a perduré jusqu'à la fin de la période d'Edo.

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Aujourd'hui, un tunnel sous le Pacifique permet le passage d'une île à l'autre. Ascenseur de chaque côté, un couloir de 800 mètres, et le tour est joué, pas besoin de monter sur le pont de l'autoroute qui passe à près de 100 mètres au dessus du niveau de la mer. Evelyne ne se sent pas à l'aise, victime des images transmises par son livre de chevet 'les saisons de la nuit' de Colum McCann, qui explore les dessous des tunnels de la rivière Hudson. Gratuit pour les piétons, ils sont trois à la caisse pour nous demander notre participation pour les vélos, l'équivalent de 15 centimes d'euro par vélo. De façon générale, les Japonais ne lésinent pas sur l'emploi du personnel, le motif économique ne semble pas être le principal souci. Les petits boulots existent, ils sont respectés et exécutés avec sérieux. On rencontre par exemple régulièrement des gens chargés de faire la circulation, pour des chantiers, devant des parkings, à l'occasion du moindre événement, et ce n'est pas une seule personne, en général 3 ou 4, qui se prennent au jeu en se faisant de grands signes, arrêtent voitures et / ou passants, dans un respect total, discipline oblige.

Nuit à Ark Blue Hotel, un endroit sympa pour jeunes qui fait à la fois café et hôtel dortoirs ou chambres, ici tout le monde est jeune et parle anglais, l'accueil est chaleureux, les vélos dorment près de l'ascenseur. Même style qu'à Kure, où le jeune David nous avait expliqué le Kanmon tunnel pour piétons et vélos, sans lui on serait encore sur le pont à chercher notre route....

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09 octobre 2018

Mardi 9 Octobre - Ube - km 7,645

Une belle journée de vélo, toujours de bonnes conditions météo, partagée entre belles routes de campagne et grande circulation, entrecoupées de nombreux ponts. Les anecdotes du jour ne sont pas culturelles, simplement des moments à prendre comme ils se présentent.

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De bon matin, on s’arrête devant la cour d’une école primaire, 3 classes d'âge, les casquettes bleues, les jaunes et les oranges. Les maîtresses préparent les 3 groupes à un défilé en fanfare, la musique est prête mais il faut regrouper les enfants. Et pour le plus grand plaisir d'Evelyne, il y a des récalcitrants parmi les casquettes oranges, deux petits qui ne cessent de quitter les rangs pour aller jouer derrière un arbre. Ils mettent tout le monde en retard, et je me fais repérer avec ma caméra prête à filmer la grande marche.

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Un peu plus tard, on a trouvé une route chouette le long d’une rivière qui commence à se rétrécir. On y est bien, on est séparé de la grande route par la voie ferrée. Une dame nous voit passer, elle nous fait de grands signes, on revient en arrière. On lui explique que notre destination lointaine est Fukuoka, elle est très excitée et essaie de nous dire quelque chose qu’on ne comprend pas. Elle le répète mille fois avec des mots différents, on ne comprend toujours pas. Il semble qu’elle veuille nous envoyer vers la grande route, mais on n’a pas envie, on se sent trop bien le long de notre rivière, on se quitte avec un ´Arigatogo’ et un sourire. Mais dans la tête, elle a créé le doute, et au prochain passage à niveau, je regarde de plus près la carte et je me rends compte que c’est le dernier moment pour basculer sur la grande route, la rivière était une belle impasse.

Une quinzaine de kilomètres plus loin, la circulation devient difficile pour les cyclistes, on fait une pause à un carrefour pour chercher une autre voie. Au moment où je trouve une petite route qui descend vers la mer, une voiture s’arrête près de nous, il en sort la même dame avec son mari, tous deux très excités... ils sont partis à notre recherche pour nous offrir une carte de la région, et un texte qu’elle a pris soin de rédiger en Japonais, pour nous aider à demander notre chemin. Peut être il y est écrit ´laissez les aller où ils veulent, de toute façon ils n’en font qu’à leur tête’... on est touché par la gentillesse de cette dame et on se fond en ´Arigatogo’. 

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Et pour terminer, un petit avant-goût des JO 2020, en traversant le parc mémorial de l’expo Kirara de Yamaguchi. Un lieu ouvert au public, utilisé aussi comme camp d’entraînement pré-jeux.

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L’occasion de se documenter sur le Japon et sa Vision des jeux. Traduit en français, cela donne : 

Le sport a le pouvoir de changer le monde et notre avenir. Les jeux de Tokyo 1964 ont complètement transformé le Japon. Ceux de Tokyo 2020 seront les jeux les plus innovants jamais organisés, et reposeront sur trois principes fondamentaux pour transformer le monde :

  • Faire de son mieux (Donner le meilleur de soi)
  • S’accepter les uns les autres (Unis dans la diversité)
  • Transmettre aux générations futures (Léguer un héritage).

Le recrutement des volontaires a débuté le 26 Septembre. 

Et de pont en pont, on atteint la petite ville de Ube, à une quarantaine de kms du détroit qui sépare Honshu de Kyūshū, à faire demain sous la petite pluie annoncée ? Soirée dans un ´établissement chaleureux’ où on se tape la cloche, grâce au patron qui a appris l’anglais dans le Vermont et au poisson qui sort tout droit de son ponton.

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Et Evelyne de haikuser :

Marais et ruisseaux,

Bambous, feuillus et cyprès,

Belles îles en mer.

 

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08 octobre 2018

Lundi 8 Octobre - Shūnan : km 7,565

Le coup de cœur du jour, c'est le détour de 10 kms dès le départ par le pont Kintaikyo, sur la rivière Nishiki. Pour comprendre une histoire qui remonte à 1673, quand le seigneur du fief d’Iwakuni, Hiroyoshi Kikkawa, las de voir le pont s'écrouler de façon répétitive à chaque importante crue de la Nishiki, lança le projet d'un vrai pont. Après consultation d'ouvrages Chinois, il dessina une structure toute en bois, à 5 arches, calculée sur des bases technologiques encore reconnues aujourd'hui. L'entretien des piliers fut hélas négligé pendant la guerre du Pacifique, et le pont dut être reconstruit après le passage dévastateur du typhon en 1950.

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La visite est l'occasion de faire connaissance d’un morceau de vie du samouraï Mekata, le vassal préféré de Hiroyoshi Kikkawa, son chouchou, un hatamoto fort, dévoué, premier de classe et cultivé. Le rôle du samouraï à la période d'Edo avait évolué, tout en étant un bon guerrier dévoué, résolu à se faire seppuku s’il arrivait quelque chose à son maître ou si son maître l’exigeait, le samouraï de la période d’Edo devait démontrer des qualités artistiques, chanteur danseur beau parleur... bref l’homme idéal. Wikipedia nous livre le secret de fabrication d’un samouraï.

Dans la tradition samouraï, un fils de samouraï était soumis à une discipline très stricte. Le temps des caresses maternelles était douloureusement court. Avant même d'avoir vêtu son premier pantalon, on l'avait soustrait autant que possible aux tendres contacts et on lui avait appris à réprimer les élans affectueux de l'enfance. Tout plaisir oisif était rigoureusement mesuré et le confort lui-même proscrit, sauf en cas de maladie. Ainsi, dès le moment où il savait parler, on lui enjoignait de considérer le devoir comme le seul guide de son existence, le contrôle de soi comme la première règle de conduite, la souffrance et la mort comme des accidents sans importance du point de vue individuel.

Cette éducation austère n'allait pas sans impératifs beaucoup plus contraignants, destinés à développer une impassibilité totale dont l'enfant ne devait jamais se départir, hormis dans l'intimité de la maison. On accoutumait les garçonnets à la vue du sang en les forçant à assister à des exécutions. Ils ne devaient manifester aucune émotion. De retour chez eux, on les obligeait à manger un grand plat de riz coloré en rouge sang par l'adjonction d'un jus de prunes salées, afin de réprimer tout sentiment d'horreur secret. Des épreuves encore plus pénibles pouvaient être imposées, même aux très jeunes enfants. À titre d'exemple, on les contraignait à se rendre seuls, à minuit, sur les lieux du supplice, et à en rapporter la tête d'un des condamnés pour preuve de leur courage. En effet, la crainte des morts était jugée tout aussi méprisable de la part d'un samouraï que celle des vivants. Le jeune samouraï devait apprendre à se prémunir contre toutes les peurs. Dans toutes ces épreuves, la plus parfaite maîtrise de soi était exigée. Aucune fanfaronnade n'aurait été tolérée avec plus d'indulgence que le moindre signe de lâcheté.

En grandissant, l'enfant devait se satisfaire, en guise de distractions, de ces exercices physiques qui, très vite et pour le restant de ses jours, préparent le samouraï à la guerre : kenjutsu, jujutsu, bajutsu, kyujutsu, respectivement art du sabre, lutte, art équestre, tir à l'arc. On lui choisissait des compagnons parmi les fils des domestiques, plus âgés que lui et sélectionnés pour leur habileté dans l'exercice des arts martiaux. Ses repas, bien qu'abondants, n'étaient pas très raffinés, ses tenues légères et rudimentaires, sauf à l'occasion des grandes cérémonies. Lorsqu'il étudiait, en hiver, s'il arrivait qu'il eût si froid aux mains qu'il ne puisse plus se servir de son pinceau, on lui ordonnait de plonger dans l'eau glacée pour rétablir la circulation. Si le gel engourdissait les pieds, on l'obligeait à courir dans la neige. Plus rigoureux était encore l'entraînement militaire proprement dit : l'enfant apprenait de bonne heure que la petite épée à sa ceinture n'était ni un ornement, ni un jouet.

Pour l'éducation religieuse du jeune samouraï, on lui apprenait à vénérer les dieux anciens et les esprits de ses ancêtres. On l'initiait à la foi et à la philosophie bouddhiques et on lui enseignait l'éthique chinoise. Ceci est à nuancer, du fait que tel clan ou telle famille ou encore telle koryu (école d'arts martiaux) tendaient à une vision shintoïste, bouddhique ou confucianiste.

Peu à peu, à mesure qu'il passait de l'enfance à l'adolescence, la surveillance à laquelle il était soumis allait s'amenuisant. On le laissait de plus en plus libre d'agir selon son propre jugement, avec la certitude qu'on ne lui pardonnerait pas la moindre erreur, qu'il se repentirait toute sa vie d'une offense grave et qu'un reproche mérité était plus à redouter que la mort même.

L’esprit encore imprégné de la culture samouraï.... on reprend notre route, c’est un jour de congé national spécial dédié à l’encouragement à pratiquer le sport. On rencontre quelques cyclistes ou joggers, mais assez peu compte tenu de la population. Par contre, on voit passer régulièrement des voitures avec porte voix, d’où sortent des cris aigus et nasillards que l’on ne comprend pas, on imagine des encouragements à la population pour faire de cette journée end réussite sportive. Quand elles passent près de nous, des mains recouvertes de gants blancs nous encouragent et nous saluent, on roule en plein milieu de la caravane publicitaire du Tour de France.

Le soleil fait des étoiles dans la mer, il règne encore une belle chaleur, maintenant c’est certain : on ne connaîtra pas le froid au Japon..

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 On fait étape à Shūnan, une ville industrielle, un port qui nous permettrait de nous rendre directement sur Kyūshū, dernière étape de notre voyage au Japon. Mais on décide de rester sur Honshū, on prendra le tunnel qui relie Honshū à Kyūshū. 

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07 octobre 2018

Dimanche 7 Octobre - Iwakuni : km 7,476

Miyajima, un des sites incontournables du Japon, n’est qu’à quelques kilomètres de Hiroshima. Situé sur la petite île de Itsukushima, le torii planté en pleine mer est un symbole fort dans la représentation du Japon. Il attire bien plus de monde que la statue de Freddy Mercury à Montreux. Aucune chambre disponible en week end, et pas de camping, on se contente d’une visite de quelques heures, entre marée haute et marée basse, on ne verra pas le coucher de soleil à marée haute au moment où le torii semble flotter sur l’eau. Sa création remonte au 6ème siècle, à l'époque où les gens ordinaires n'étaient pas autorisés à poser le pied sur l’ile. C’est donc en bateau qu’ils accédaient au sanctuaire shintoïste monté sur pilotis, en passant sous la porte d'entrée en pleine mer.

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Les yeux tout remplis de ces teintes vermillon, on reprend la route en dernière semaine, prochain objectif Fukuoka où on prendra le bateau pour la Corée. On est frappé par la densité de l’habitat des villages montés au pied de la montagne : quand on les regarde de loin, ils font penser à des cimetières, tant leurs maisons sont tassées les unes sur les autres.

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En filant vers l’Ouest, la route longe la mer, les pêcheurs du dimanche profitent de la marée basse pour faire leur cueillette. On a l’impression qu’ils se sont partagés le littoral en petits jardins délimités par des piquets - instinct de propriété ? - à l'intérieur desquels ils étendent leur filet pour attraper les coquillages... et dès que la mer se retire, ils viennent pour la récolte.

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Halte du soir à Iwakuni, ville industrielle qui présente un attrait touristique avec son pont Kintai et ses cinq arches en bois, dont la construction initiale remonte à 1674, la période d’Edo. On fera le détour demain. Repas pris dans un drôle d'établissement fait de tout petits salons individuels de 2m2 avec portes coulissantes. On s’enferme dans notre salon, et quand l’envie nous prend, on appuie sur la sonnette, la porte s’ouvre et on passe la commande. L’impression d’être comme des enfants qui jouent à la dînette.

 

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06 octobre 2018

Samedi 6 Octobre - Hiroshima

En préalable à la visite du musée, je découvre le site http://www.dissident-media.org et ses dossiers sur le nucléaire. Je parcours avec intérêt deux dossiers ´Les véritables raisons d’Hiroshima’ et ´Hiroshima et Nagasaki anéanties pour rien’. Le premier reprend un article de Frédéric Clairmont paru dans le monde diplomatique Août 1990 et résume l’interview de Paul Tibbets dans le Paris Match no 865 du 4 Septembre 1965, le second reprend un article paru dans Le Nouvel Observateur en Août 2005.

En résumé ...

Les vrais raisons de l’utilisation de l’arme nucléaire 

Officiellement et dans l’opinion publique, il s’agissait de mettre fin à la guerre, et épargner la vie d’un demi million d’Américains. La question de la sincérité de cette déclaration se pose cependant, car le Japon est très affaibli en 1945, il tente d’établir des contacts pour négocier la paix avec les États Unis à travers l’Union Soviétique. L’entourage du Président Truman est en majorité hostile à l'usage de l'arme nucléaire. Selon certains historiens, la destruction d'Hiroshima et de Nagasaki, qui intervient moins d’un mois après le premier test nucléaire positif, n’était qu’un prétexte à démontrer concrètement à l’Union Soviétique la puissance Américaine et l’effrayer, c’est le début de la guerre froide qui va durer jusqu’en 1991. Les historiens pensent que la capitulation du Japon n’est d’ailleurs pas la conséquence de l’explosion des bombes atomiques, l’empereur à craqué suite à l'invasion par l’Union Soviétique, au lendemain de Hiroshima, de la Mandchourie occupée par les Japonais, alors qu´il pensait l’Union Soviétique leur alliée. Quel sac de noeuds !

Pourquoi la ville d’ Hiroshima

Parmi les villes potentielles pour une attaque atomique, Kyoto et Hiroshima. On a du mal à imaginer les réunions d’hommes importants autour d’une table pour discuter du bien fondé de la destruction totale de tel ou tel lieu. Il n’empêche que sur la liste, Kyoto était placé plus haut que Hiroshima, et a été épargné suite à l’intervention de personnes qui qualifiaient d’acte de barbarie la destruction des trésors de générations passées. En omettant de condamner la destruction de la génération actuelle.

L’intervention du 6 Août 1945

Paul Tibbets, le pilote américain qui largua la bombe atomique sur Hiroshima en août 1945, est mort le 1er novembre 2007 à l'âge de 92 ans. Le 6 août 1945, alors jeune lieutenant-colonel de l'US Air Force, il était aux commandes du bombardier SuperFortress B-29 "Enola Gay" qui a largué, hors tests, la première bombe atomique de l'histoire de l'humanité. Paul Tibbets n'avait que 30 ans lorsqu'il décolla d'une base américaine dans les Iles Mariannes avec ses 11 membres d'équipage. Le bombardier avait été baptisé "Enola Gay", le prénom de la mère de Paul Tibbets.

Les scientifiques avaient prévenu Paul Tibbets : l'avion devra voler à 31.000 pieds (9.448 mètres) et la bombe explosera à quelque 600 mètres d'altitude. Quarante-trois secondes s'écouleront entre le moment où "Little Boy" (le surnom de la bombe) quittera les soutes de l'appareil et la déflagration. Si l'équipage veut survivre, il devra s'être éloigné de quelque 12,8 km au cours de cette poignée de secondes.

Les douze hommes triés sur le volet qui grimpent à bord de l'Enola Gay, à 02H45 le 6 août 1945, sont équipés d'un parachute, d'un pistolet et d'un gilet de protection. Au commandant de bord, le médecin de la base remet une petite boîte contenant douze pilules de cyanure. Puis le chapelain fait une prière, on prend des photos. L'Enola Gay décolle.

Lorsque l'avion arrive au-dessus d'Hiroshima, le temps est dégagé et l'équipage voit distinctement la côte et les bateaux ancrés dans le port, puis le pont qui constitue l'objectif. Il est 08H15 à Hiroshima lorsque la bombe est larguée. Tibbets bascule immédiatement son avion dans un virage sur l'aile droite à 155 degrés. Seul Bob Caron, qui se tient à la place du mitrailleur de queue, est capable d'apercevoir la gigantesque boule de feu et de prendre des photos. L'avion est rattrapé par l'onde de choc, qui le secoue modérément. Puis tous voient le "champignon géant de couleur pourpre".

Paul Tibbets se retourne vers l'équipage: "Les gars, vous venez juste de larguer la première bombe atomique."

Le souffle, le feu et le rayonnement ont tué 140.000 personnes. Beaucoup d'autres ont été marqués et blessés à vie. La plupart des victimes de la bombe étaient des femmes, des enfants, des personnes âgées et des civils pas impliqués dans la guerre. On compte aussi parmi les vicitimes des prisonniers de guerre américains et alliés, ainsi que des milliers de Coréens contraints au travail forcé.

"Si Dante s'était trouvé avec nous dans l'avion, il aurait été terrifié", a raconté des années plus tard Paul Tibbets. "La ville que nous avions vu si clairement dans la lumière du jour était maintenant recouverte d'une horrible salissure. Tout avait disparu sous cette effrayante couverture de fumée et de feu."

De retour au sol, c'est l'enthousiasme général. Tibbets reçoit la Distinguished Service Cross.

Reçu bien plus tard à la Maison Blanche, Truman lui dira: "Ne perdez pas le sommeil parce que vous avez planifié et rempli cette mission. C'était ma décision. Vous n'aviez pas le choix."

Notre visite du musée 

Une visite dans le silence, on progresse à pas lent devant les documents historiques, les courriers confidentiels classés top-secret à l’époque, les images de l'horreur. Au delà de ce que peut représenter une explosion atomique en terme de violence de souffle et de radiations, on découvre les souffrances endurées par les brûlures : une température au sol de 3000 degrés, des agonies de quelques jours voire quelques semaines.  

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Le dernier message est un message de paix. Le Japon se sent bien sûr une légitimité dans l’exigence de réduction des armes nucléaires, Il en assume la responsabilité sans dégager aucune hostilité.

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05 octobre 2018

Vendredi 5 Octobre - Hiroshima : km 7,426

Tenaces comme un Ginkgo...

Partis vers 11 heures avec comme seul objectif de retrouver l'arbre qui a survécu à l'explosion atomique, on le trouve juste avant la tombée de la nuit, il n'était qu'à 2 kms de notre hôtel, ça nous aura pris 7 heures. Un jeu de piste...

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Entre temps.... 

J’ai trouvé sur Google une photo du temple Hosen-ji détruit au moment de l’explosion, et reconstruit plus tard autour du bourgeon renaissant d’un Ginkbo Biloba survivant. Le temple se situe à une quinzaine de kms, on y va sans précaution, facile. Et puis... la route se met à monter, et on comprend vite qu’au Japon, c’est comme dans le pays de Gex, 15 kms ça peut aussi signifier 600 mètres de dénivelé. Le comble : il existe plusieurs temples du nom de Hosen-ji, ce n’est pas le bon, retour à la case départ et sous la pluie qui se met à tomber, on n’est pas vraiment équipés. Il faut nous voir à chercher notre route en montrant la photo du temple, notre photo du temple, comme si c´était le plus célèbre monument du Japon. On trouve une autre piste : le Honsen-ji serait à 1130 mètres de l'épicentre situé sur le dôme, cet édifice qui à résisté partiellement à l'explosion. On tourne encore en rond pendant une petite demi-heure car il y a au moins cinq temples à cette distance, il faut attendre la tombée de la nuit pour le trouver. Juste à temps pour le toucher et le photographier à notre tour. Tenaces comme un Ginkgo...

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Et en plus... on découvre que notre arbre n’est pas le seul, ils sont nombreux à avoir survécu...

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Il faut s’en remettre... soirée repas passée dans une véritable institution de Hiroshima, le Okonomi-mura, un ensemble d’une trentaine d'échoppes situé en plein centre du quartier des plaisirs. Sur 3 étages, toutes proposent le même plat cuisiné, le okonomiyaki. Une pâte enrobée d’une multitude d'ingrédients (Soja, pâtes, choux, crevettes, st jacques, oignons, fromage ....) cuits sous nos yeux sur la plaque chauffante, rien à voir avec crêpes ou pizzas, ce sont des okonomiyakis et c’est délicieux, surtout quand l’appétit est là. On cherche un bar karaoké pour vivre un vendredi soir Japonais, mais soit on tombe sur de grands établissements qui proposent des salles d’entraînement au Karaoké, ça fait un peu scolaire. Soit ce sont de tous petits bars situés dans les étages d’immeubles, il faut prendre l’ascenseur et oser pousser une porte austère pour découvrir des bars minuscules, en se demandant si l’endroit est sain ou malsain, en tout cas à 9 heures du soir c’est vide, on n'a pas envie d’être les premiers clients. Soirée reportée à demain, on demandera conseil à l’hôtel.

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Demain est encore un jour de typhon, on va rester tranquillement à Hiroshima, c’est une ville rieuse et gaie, malgré le poids de son histoire. Il nous reste à voir le musée, se faire une idée sur ce qui s’est passé ... bien qu’on ait déjà mené notre petite enquête et ce n’est pas très glorieux.

A suivre...

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04 octobre 2018

Jeudi 4 Octobre - Hiroshima : km 7,390

´Facile, 40 kms de plat jusqu’à Hiroshima´ selon nos hôtes David et Mokoto. David, c’est celui qui nous a branché hier sur le saké, un jeune sympa, intéressant et intéressé par notre aventure. Il travaille dans le café - auberge où on a dormi. On a aperçu sa chambre, un cagibi de 3 m2 composé d’un bureau surmonté du lit, j’espère pour lui qu’il s’agit d’un travail temporaire d'étudiant. Partis le ventre vide, on attaque en guise de plat droit dans la pente. En se laissant guider par le GPS, on a pris le raccourci, celui qui passe à travers la montagne et qu’on va appeler le col d’Hiroshima. Malgré notre vitesse de pointe de l’ordre de 8 km/h, les automobilistes sont sympas, ils ne nous dépassent pas tant qu’ils leur manque 1m50 de marge pour le faire. Aucun stress, aucune pression pour nous doubler ou nous faire arrêter. Vive le Japon, ses montagnes et la courtoisie des Japonais.

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A l’approche de Hiroshima, on traverse une banlieue grise et sinistre, et puis tout d’un coup, le contraste est saisissant : Hiroshima a été reconstruite avec goût, de larges avenues bordées d’immeubles clairs et limpides. La ville est traversée du Nord au Sud par quatre fleuves qui convergent vers le port de marchandises, le tout donne la sensation d’un ensemble très ouvert au sein duquel on se sent bien.

On se donne 2 nuits, on prend donc le temps d’une large visite à vélo, on verra le détail demain. En passant quand même dès notre arrivée au parc mémorial de l´explosion atomique. Un ensemble de monuments discrets, pour rappeler bien sûr l’horreur de l’horreur et inciter à se souvenir et ne plus recommencer... Je retiens deux clichés chargés d’émotion : le Dôme, bâtiment situé à l'épicentre de l’explosion, et qui a miraculeusement échappé à la destruction totale. Il a été conservé dans l’état. Et puis l’histoire de cette petite fille, Sadako Sasaki, qui a développé une leucémie en 1955, qu’elle combattit en décidant de fabriquer 1000 grues en papier. Une histoire qui rappelle celle de Terry Fox qui s'était donné  l’objectif de traverser le Canada à raison de un marathon chaque jour. Comme Terry Fox, elle n’a pas eu le temps d’aller au bout de son projet. Un monument fut érigé en son souvenir, monument des enfants pour la paix. Aujourd’hui encore il est de coutume de fabriquer des origamis de grues au Japon, guirlandes en papier, symbole de bonheur et de longévité.

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Les écoles sont présentes, la visite d’Hiroshima est inscrite dans tous les programmes. Et pour animer le cours, les professeurs organisent une chasse aux interviews. Avec mon look, impossible de les éviter, mais comment répondre de façon simple à la question ´comment peut on arrêter les guerres ?’.

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La soirée nous confirme le bien fondé de passer un peu de temps à Hiroshima, il règne une atmosphère de vie dans le quartier des plaisirs où on se régale à manger peu mais bien. Avec en bonus quelques pâtisseries qui semblent importées de l’ile saint Louis.

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