Pas le temps de faire un blog ce soir, et pourtant tant de choses à dire..  Chose remise au lendemain midi, un bon prétexte pour faire une pause après 50 kms de lutte contre le vent...

La journée du 6 juillet commence tard, le décalage horaire nous permet d'assister au 1/8 ème de finale France - Uruguay en direct de 8 h à 10h. Je ne le regrette pas, mais ça bouleverse quand même le timing de la journée. Tout prend du retard, et le vent n'arrange rien, c'est une étape lente roulée à 17 km/h.

Les émotions du jour....

Ça commence par le cougar : je roule à une centaine de mètres devant Evelyne, sur une longue ligne droite bordée par la voie ferrée, dans une nature sauvage, pas cultivée, et je vois à 25 mètres sur ma droite, de l'autre côté des rails, un énorme chat qui m'observe : une envergure de plus de 1 mètre, le corps gris beige camouflage bien allongé dans le sens de la route, la tête tournée face à moi. On n'a pas eu le bon réflexe de se faire un clin d'oeil, je poursuis ma route sans le prendre en photo, puis m'arrête 50 mètres plus loin en faisant de grands signes à Evelyne qui arrive la tête dans le guidon... et n'a rien vu mais m'a cru. Résultat : Cougar 1 - Ours 1.

8D3B30F8-BB18-483F-BA50-926F0F853BAF

La gentillesse des Coréens : on tombe de plus en plus sur des Coréens venus s'installer au Canada. En général, ils ont commencé par Vancouver, n'y ont pas trouvé de travail, et sont rentrés à l'intérieur du pays, le plus souvent pour gérer un motel ou une épicerie. Tous ont en commun une attitude chaleureuse, et quand on leur montre notre drapeau où est écrit 'annyeongghaseyo', c'est un moment fort de reconnaissance mutuelle. Pour notre pique-nique ce midi, on fait des courses et on s'installe sur un banc en face du magasin. On voit alors la caissière chef qui nous a servis quitter son poste, elle traverse la route pour nous apporter une pastèque très appréciée (on crève de chaud par 33 degrés), on cause un moment, on se prend en photo pour la vie, dans 3 mois on sera en Corée et ce sera chouette.

Le vent : On commence à croire ceux qui nous ont dit de faire la traversée du Canada en sens inverse, d'où le jeu de mots qui vient vite à l'esprit : Saskatchewan ou Saskatche-vent ?

Le moment d'histoire : on arrive à Fort Qu'Appelle 30 minutes avant la fermeture du musée, ça nous laisse juste le temps de s'imprégner de l'histoire du lieu, une histoire récente qui remonte à 1870.

La rivière 'Qu'Appelle' tient son nom des Indiens First Nations bien sûr. La rivière coule dans une vallée bordée d'une chaîne de collines d'une centaine de mètres de haut. La tradition dit que les Indiens, à l'écoute de l'écho de la rivière renvoyé par les collines, ont bien sûr vu là l'intervention d'un esprit, et ont crié 'Kah-tap-Wai', ce qui signifie dans leur langue 'Who is calling', repris par les premiers colons Québécois sous le nom 'Qu'Appelle'.

3F92E475-A0A2-46BF-868B-B0DC1B72C8A7

Le Fort n'est pas un fort : la compagnie Hudson Bay Company a installé près de la rivière un poste de traite des fourrures, avec quelques palissades de protection qui ont donné le nom Fort Qu'Appelle. Le lieu est vite repris par la Police Montée Canadienne.

B4F2D0AA-0013-4C86-A2EF-E530F5BEEB20

Et les évènements s'enchaînent à Fort Qu'Appelle, ils ont contribué à écrire l'Histoire du Canada.

Il faut se documenter sur Louis Riel, chef du peuple métis dans les Prairies Canadiennes, qui organise en 1870 au Manitoba la révolte de la Rivière Rouge, puis en 1885 la rébellion des métis, qui dégénère en sang dans les collines de la rivière Qu'Appelle. Louis Riel sera pendu pour trahison. Il jouissait de la sympathie des Québécois, et sa mort n'a pas facilité la bonne entente entre Québécois et Anglophones. Le 1er ministre de l'époque aurait prononcé ces mots 'Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur'. On avait découvert ce monsieur dans le quartier Français Saint Boniface de Winnipeg, il y était présenté comme un personnage important aux côtés de Monseigneur Provencher et Taché, on est content découvrir ici la suite de l'histoire.

Et puis...le fameux traité numéro 4, signé en septembre 1874, où les tribus Cree et Salteaux abandonnent 200,000 km2 de territoire au sud de la Saskatchewan, en échange de privilèges de chasse, d'annuités, etc...Ce traité est considéré comme le plus important des 10 traités signés avec First Nations.

Et pour finir la visite de Sitting Bull, qui veut fuire l'Amérique et vient demander de l'aide. Mais le gouvernement n'en veut pas, on lui donne quelques provisions et on l'escorte jusqu'en Montana. Le pauvre Sitting Bull en perdra même sa ceinture.

FF64B83B-67A2-4580-B3D6-A8B7C6B240C6

Avec la sensation d'être sur des terres foulées par Sitting Bull, comment passer la nuit confortablement installé dans un motel ? Malgré la fatigue du jour, on monte la tente (on est la seule tente dans le campground),  on joue aux Indiens.... et on se fait réveiller à minuit par des campeurs caravanes (des cowboys) qui avaient réservé l'emplacement 51 pour le weekend ensoleillé, on empiète sur le 51. Ils nous mettent la pression, on est à deux doigts de devoir pousser la tente de 10 mètres, on négocie : on partira tôt demain matin, promis. On est vraiment dans l'esprit Indien, on pense avoir bien négocié.